Êtes-vous prêt à prendre des risques?

J’étais en train de faire cuire des ailes de poulet, en préparation pour le Super Bowl. Je réfléchissais à tout ce que ça prend pour gagner un match de football. Ça m’a amené à penser à la prise de risque. Il y a toujours un moment dans un Super Bowl où une équipe prend un risque. Un blitz au bon moment. Y aller pour un premier jeu au 4e essai. Un jeu imprévu des unités spéciales… On prend des risques pour gagner. Quel est le lien avec l’éducation? En éducation, je pense que c’est différent, la prise de risque. C’est personnel. C’est affectif. Ce qui semble risqué pour une personne peu paraître anodin pour une autre. Mais ce qui est sans équivoque, c’est qu’on vise l’apprentissage. Et pour y arriver, il faut parfois faire des choses qui nous paraissent risquées. Je vous en partage quatre qui m’ont aidé à cheminer dans ma carrière. Je vous les partage en toute humilité en espérant qu’ils seront utiles pour vous.

1. Passer de «Je sais.» à «Tu peux m’en apprendre.»

Quand j’ai commencé à enseigner, je voulais démontrer ma compétence devant mes élèves. C’était important pour moi de leur donner les «bonnes réponses». Au fil du temps, je me suis rendu compte que la profession enseignante me donnait de multiples occasions au quotidien pour démontrer ma compétence (ou mon incompétence dans certains cas). Après tout, je suis un enseignant. Au fil du temps, je me suis mis à voir les choses différemment. Mon travail, c’est de montrer aux élèves qu’ils sont capables d’apprendre et que je peux aussi apprendre d’eux. Les élèves ne sont pas des vases vides à remplir. Quand on y pense, tous les élèves dans nos classes savent des choses qu’on ne sait pas. À ça n’enlève rien à la qualité de l’enseignant (ou direction) que nous sommes. C’est normal de ne pas tout savoir. Surtout présentement. Pourtant, à un moment donné dans ma carrière, j’aurais trouvé risqué d’avouer à mes élèves qu’ils pouvaient aussi m’enseigner des choses. Imaginez le poids que ça nous enlève des épaules quand on n’a pas besoin de tout savoir. Le contexte actuel nous a permis de vivre ça. C’est normal parfois de ne pas savoir. Et imaginez la culture d’apprentissage qui peut en découler en salle de classe (ou dans son école) lorsqu’on se positionne en tant que lead apprenant. Parce que l’apprentissage le plus important, c’est d’apprendre à connaître nos élèves (notre personnel). Après tout, on enseigne quelque chose à quelqu’un. Le quelqu’un, c’est le morceau important.

Prise de risque 1 : Êtes-vous ouvert à l’idée de vous positionner en tant que lead apprenant dans votre classe ou votre école?

« Les élèves ne sont pas des vases vides à remplir. Quand on y pense, tous les élèves dans nos classes savent des choses qu’on ne sait pas. » – Marius Bourgeoys

2. Passer de «Écoute-moi quand je te parle.» à «Parle-moi de toi, ça m’intéresse.»

Il fut un temps où je croyais que mon rôle était de garder le contrôle dans ma salle de classe. La tâche de mes élèves était très simple : il n’avaient qu’à obéir (lire : m’obéir) et à faire le travail. Pour m’appuyer dans ma quête de contrôle (ça fait drôle d’écrire ça comme ça, mais c’était ma réalité) je me tenais très près du code de vie. J’en parle en détail dans «J’ai un beau groupe c’t’année!». Il n’y a rien de mal avec l’obéissance, mais je crois que c’est le plancher, pas le plafond. Le résultat : j’obtenais le minimum d’effort de la part de mes élèves et je les sentais… distants. J’aurais fait pareil, à leur place. À un moment donné, je l’ai perdu, le contrôle. Ça ne fonctionnait plus en classe. Je ne le savais pas, mais c’était moi qui avait créé ça. Un collègue m’a dit plus tard : «Si ton groupe d’élèves ne se comporte pas bien à la rentrée, ce n’est pas de ta faute. Si tes élèves ne se comportent toujours pas bien en novembre, c’est toi qui a créé ça. » Outch! Il avait raison. Pour remédier à la situation, j’ai dû me rapprocher de mes élèves. Un non-sens pour moi à ce moment-là. Je me suis intéressé sincèrement à eux. Ils sont devenus plus importants que le programme, pour vrai. C’est le risque qui a été le plus payant pour moi puisque je suis encore en éducation grâce à cela. Mais c’est aussi ce qui m’a permis d’aller tellement plus loin dans le programme. Dans le contexte actuel, je pense que c’est normal de se sentir moins près de ses élèves dans certains cas. Si vous vivez des difficultés, que la connexion wifi est bonne mais que la connexion avec les élèves l’est moins, sachez qu’il n’y a rien de mal avec vous. Mais il n’y a rien de mal avec vos élèves non-plus. Et la balle est dans votre camp. Ensemble, on va plus loin.

Prise de risque 2 : Êtes-vous prêt à vous rapprocher de vos élèves (ou de votre personnel) et à vous intéresser sincèrement à qui ils sont?

« Si ton groupe d’élèves ne se comporte pas bien à la rentrée, ce n’est pas de ta faute. Si tes élèves ne se comportent toujours pas bien en novembre, c’est toi qui a créé ça. » – Un collègue

3. Passer de «Je suis devant la classe.» à «Tu es au centre de ton apprentissage»

À mes débuts, tout ce qui se passait en classe devait passer par moi. Si je n’étais pas devant la classe en train d’expliquer, de donner des directives ou des bonnes réponses, les élèves étaient passifs ou en attente. Mes élèves étaient des spectateurs. C’était mon show. Plus le contenu était important, plus c’était primordial que mes élèves écoutent Monsieur Bourgeoys bien attentivement pendant que je leur donnais l’information dont ils avaient besoin pour réussir. Au fil du temps, j’ai appris à mobiliser mes élèves et à les outiller afin qu’ils deviennent des joueurs actifs dans leur apprentissage. Ça, ça veut dire que je devais leur enseigner des stratégies et des processus en classe afin qu’ils puissent être autonomes dans les différents environnements d’apprentissage que je leur proposais. C’était tellement plus intéressant pour eux et pour moi. Parce que je n’étais plus devant la classe! Et eux, ils devaient prendre des décisions, faire des choix et s’ajuster. C’est fou ce qu’on peut voir et entendre lorsqu’on n’est plus devant la classe et qu’on n’est pas toujours en train d’essayer de formuler clairement (dans notre tête) notre prochaine explication. Difficile de faire de la triangulation lorsqu’on est toujours devant la classe, en passant. Et c’est incroyable ce que les élèves peuvent apprendre lorsqu’ils sont actifs sur le plan cognitif. En plus, ça me permettait de jouer différents rôles, comme d’accompagner, de guider, de coacher, de questionner, d’assurer la qualité… Être devant la classe tout le temps, ça demande de l’énergie. Apprendre, ça demande d’être impliqué. Présentement, ça peut sembler risqué de lâcher prise et de permettre à ses élèves (ou à son personnel) de devenir des joueurs actifs dans leur apprentissage. Dans le contexte actuel, c’est facile d’oublier d’impliquer les élèves. Mais on va tellement plus loin quand on vise l’autonomie plutôt que l’obéissance.

Prise de risque 3 : Êtes-vous prêt à placer vos élèves (ou votre personnel) au centre de leur apprentissage?

« Difficile de faire de la triangulation lorsqu’on est toujours devant la classe. » – Marius Bourgeoys

4. Passer de «J’enseigne tout.» à «J’enseigne ce qui est essentiel.»

C’est certain que les trois premiers risques, prennent du temps. C’est un investissement important. Mais c’est ça l’éducation. Autrement, on parle tout seul et les élèves finissent par venir à l’école pour regarder les adultes travailler. Il faut donc cibler ce qui compte. En leadership, on parle souvent de l’importance d’établir les priorités. Parce qu’on ne peut pas tout faire. Il faut choisir. Dans une formation portant sur les apprentissages essentiels, un enseignant m’a déjà dit : « Ben, Marius, si on enseigne seulement les apprentissages essentiels, je n’ai pas assez de ‘stuck’ à leur donner jusqu’à la fin de l’année. » J’ai trouvé ça fantastique. Ça veut dire qu’on a le temps de prendre le temps. On a le temps de donner à nos élèves le temps dont ils ont besoin pour apprendre. Il y a aussi le risque des évaluations systémiques. On se dit : « Mais que se passera-t-il à l’examen si je n’ai pas enseigné tel concept?. » Moi, je me demande : « Que se passe-t-il en ce moment? Et que se passera-t-il si je réussis à tout couvrir mais que les élèves me regardent travailler? » Mais le risque des évaluations ministérielles n’est pas là cette année.

Prise de risque 4 : Êtes-vous prêt à cibler ce qui est essentiel afin de pouvoir prendre le temps et donner le temps?

À bien y penser, je me rends compte que j’aime bien prendre des risques parce que ça m’a toujours permis de grandir et d’avoir un meilleur impact. Tout ça, parce que j’ai écouté des collègues et je me suis fait confiance. Ça m’a aussi permis de me planter solidement à quelques reprises 🙂 Mais comme dirait John Maxwell : «Parfois on réussit. Parfois on apprend.» C’est ça, la game de l’apprentissage.

En éducation, la peur nous prive du progrès beaucoup plus que nos échecs.

C’est normal d’avoir peur de prendre des risques. Mais je pense qu’il ne faut pas laisser la peur nous empêcher de progresser.

Nous en sommes à la mi-temps et il est encore temps d’apporter des ajustements.

Êtes-vous prêt à prendre des risques?

Bon Super Bowl et bonne deuxième moitié d’année scolaire 🙂

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7 Fév, 2021

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Commentaires

8 Commentaires

  1. Valérie Bédard

    Wow! Un petit bijou! Je dis souvent qu’il faut embrasser le chaos dans la classe. Pas un chaos où tu la peinture décolle des murs. Un chaos où chacun pend sa place, communique avec l’autre et cherche à apprendre selon es modalités à lui. C’est dans ce chaos que les moments les plus extraordinaires surviennent! Merci Marius pour ce magnifique texte.

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    • Marius

      Merci pour ton commentaire, Valérie. Tu as bien raison. Il faut parfois accueillir le chaos pour mieux avancer ensemble.

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  2. Marie-Christine PENNORS

    Merci Marius pour ce texte qui me conforte dans ce que j’essaie d’entreprendre au quotidien mais avec parfois des doutes.

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    • Marius

      Merci de prendre le temps de me lire et de commente, Marie-Christine. Bon succès dans tes prochaines étapes 🙂

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  3. Gabrielle Moreau

    100% d’accord, Marius! Le plus beau cadeau qu’on puisse recevoir comme enseignant est l’engagement de nos élèves. C’est quand ils clament : « Déjà! » quand la cloche sonne, qu’on sait qu’ils sont au centre de leur apprentissage et complètement investis.

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    • Marius

      Merci Gabrielle. Oui, l’engagement est un réel cadeau. Ça veut dire que nos élèves sont importants : )

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  4. Andrée-Caroline

    Bravo j’adore ! Une belle synthèse des stratégies gagnantes en éducation traduites par des mots évocateurs et «humains» 🙂

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    • Marius

      Merci beaucoup, Andrée-Caroline 🙂

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