La prise de risque doit faire partie de l’après-pandémie.

J’ai récemment eu la chance de participer à la création d’un épisode de podcast avec ma fille Juliette, qui a 17 ans. Elle participe à un projet communautaire où des jeunes comme elle sont amenés à créer des épisodes de podcast avec des membres de la communauté. Elle m’a demandé de venir parler de persévérance et de raconter comment j’ai pris la décision de fonder escouadeÉDU. L’épisode devrait être disponible en décembre. Quelle belle expérience avec ma fille. Suite à cet entretien, j’ai poursuivi ma réflexion et j’ai identifié 5 types de risques à considérer dans l’après-pandémie. Je vous les partage par écrit ici. J’ai aussi créé cet épisode de podcast.

La prise de risque

Très jeune j’ai entendu l’expression «La peur de perdre est toujours plus grande que le désir de gagner.». Je ne sais pas si je suis d’accord avec ça. Mais cette phrase expose les deux ingrédients qui accompagnent la prise de risque. La peur et le désir. L’incertitude et la possibilité d’une amélioration ou d’une expérience positive. Je suis tombé sur cette citation de Taylor Swift : «Fearless is not the absence of fear. Fearless is living inspite of those things that scare you.». On peut facilement être impressionné par les risques que certaines personnes prennent autour de soi. On peut même penser que ces personnes semblent n’avoir peur de rien. Mais être «fearless» ou intrépide, ce n’est pas l’absence de peur, mais l’action, malgré la peur.

Risquer le regret

Il y a cinq ans, je me suis retrouvé devant plusieurs opportunités d’aider des gens en leadership et en coaching. Or la majorité de ces opportunités sortaient du cadre de mon emploi. J’en étais à ma 15e année en éducation. Comme dirait ma grand-mère, j’étais bien placé. Alors pourquoi quitter mon poste et prendre le risque de devenir consultant? Comme toute décision, ma décision a pris une fraction de seconde. Mais plusieurs mois se sont écoulés avant d’en arriver à ce moment ultime. J’ai fait ma liste de «pour» et «contre». Et c’est devenu évident pour moi que pour dire oui à ces opportunités, je devais dire non à autre chose, comme ma date de retraite, comme la garantie d’un salaire. Choisir, c’est renoncer. Mais j’y croyais tellement. J’ai lu beaucoup. J’ai écouté Jim Rohn, qui affirme que tout est risqué puisqu’on ne s’en sort pas vivant. C’est quand même vrai. Ça me rappelle The Dash. C’est ce qui se passe entre notre date de naissance et notre date de décès qui compte. J’ai donc eu la conversation avec moi-même. Marius 65 ans a eu la discussion avec Marius 42 ans et je me suis posé la question : « Es-tu prêt à vivre avec l’idée de ne pas aller voir s’il y a un besoin en leadership en éducation francophone? Es-tu prêt à vivre avec l’idée de ne pas savoir qui tu pourrais devenir si tu empruntais cette trajectoire?». Comme on peut le constater dans cette vidéo, on regrette surtout les choses qu’on ne fait pas. En éducation, qu’est-ce qu’on ne veut pas regretter dans 10 ans? Quel risque d’inaction nous guette en ce moment? L’ADN institutionnel est fort. Mais pas plus que le leadership. Que pourrions-nous devenir?

Risquer l’erreur

Lorsqu’on prend un risque, l’erreur nous guette. Mais c’est quand même assez difficile d’espérer s’améliorer ou améliorer l’éducation si on n’est pas prêt à tolérer l’erreur. Parlez à n’importe quel expert dans un domaine donné. C’est très difficile de développer une expertise sans faire d’erreurs ou sans être prêt à vivre avec l’imperfection. Parfois on réussit, parfois on apprend. Avec la pandémie qui sévit présentement, il va sans dire qu’on peut s’attendre à ce qu’elle laisse des traces dans l’après-pandémie. C’est et ce sera un contexte sans précédent pour notre société mais aussi en éducation. Serons-nous prêts à risquer l’erreur pour améliorer un système qui était déjà en besoin d’amélioration avant la pandémie? Pour obtenir des résultats qu’il n’a jamais obtenus, le système devra devenir quelque chose qu’il n’a jamais été. Dans mon vécu, la peur de l’erreur nous prive de l’amélioration beaucoup plus que nos échecs.

Choisir, c’est renoncer. – André Gide

Risquer le jugement de l’autre

La prise de risque entraîne parfois le jugement de l’autre. C’est la nature humaine. Nos actions rendent parfois inconfortables certaines personnes autour de nous. Mais je me rends compte que ça n’a pas rapport avec nous.  C’est certain qu’on ne veut pas déplaire aux autres. Mais on ne peut pas vivre pour essayer de plaire aux autres non plus. En fait, c’est impossible de plaire à tout le monde. Lorsqu’on essaie de plaire, on finit pas ne pas être soi-même et on prive son entourage de tout ce qu’on pourrait être. Et on peut aussi échouer. Si j’ai à échouer ou à prendre des détours, j’aime autant le faire en étant pleinement moi-même. Tout le monde est unique. Tout le monde peut contribuer à l’amélioration de l’éducation. On l’a vécu pendant la pandémie, n’est-ce pas? Le 13 mars 2020, il n’y en avait pas d’experts en éducation en contexte de pandémie. Tout le monde s’est mobilisé. Des approches personnalisées et adaptées aux différents milieux ont été mises de l’avant. Quel travail remarquable! Dans un contexte aussi rempli d’incertitude, quel autre choix avions-nous? Dans l’après-pandémie, certains voudront des certitudes, des garanties. Or dans un contexte sans précédent et d’une complexité grandissante, nous devrons continuer à accueillir l’incertitude et oser de nouvelles approches. Ce ne sera certainement pas l’affaire d’une seule personne, d’une seule recherche, d’une seule approche, d’une seule école de pensée. The proof is in the pudding. Le pudding d’aujourd’hui! Serons-nous prêts à risquer le jugement de l’autre?

Si j’ai à échouer ou à prendre des détours, j’aime autant le faire en étant pleinement moi-même. – @bourmu

Risquer la relation

Les relations positives sont au coeur d’un système d’éducation de qualité. On pourrait même dire que la qualité de nos relations détermine la qualité de l’éducation. Mais ce n’est pas tout. En éducation, le but des relations est l’apprentissage ou l’amélioration continue. Mathieu Leroux, d’escouade Multimédia, avec qui j’ai le plaisir de collaborer, a travaillé chez Apple plus tôt dans sa carrière et il me racontait l’importance du «Fearless feedback» chez Apple. Tous les employés sont invités à se donner entre eux de la rétroaction constructive pour s’assurer que tous adoptent les comportements qui sont alignés avec les valeurs organisationnelles. Wow! Imaginez si ça faisait partie de la culture en éducation. Se donner de la rétroaction pour s’aider à devenir meilleur. C’est comique. Avec des élèves, on appelle ça de la rétroaction. Entre adultes, ça devient une conversation courageuse. Mais c’est la même chose. Le chemin le plus court pour passer d’où nous sommes à où nous voulons être, c’est la vérité entourant notre réel impact sur les apprenants. Même si on le fait par amour pour l’autre, on ne peut pas contrôler la réaction de l’autre lorsqu’on a une conversation honnête avec lui. J’aime croire que tout le monde a de bonnes intentions. Or il faut parfois choisir l’inconfort de la conversation courageuse pour progresser, plutôt que le confort du silence et du statu quo. Lorsqu’on le fait, on risque de perdre la relation, ne serait-ce que temporairement. Dans l’après-pandémie, nous voudrons assurément mettre l’accent sur le bien-être et la bienveillance. Je nous propose d’y ajouter la vérité.

Il faut parfois choisir l’inconfort de la conversation courageuse pour progresser, plutôt que le confort du silence et du statu quo. – @bourmu

Risquer le statu quo

Quand j’étais plus jeune, Wayne Gretzky était une légende vivante pour les partisans de hockey. Je me souviens d’une entrevue où on lui avait demandé comment il faisait pour être aussi bon. À le voir jouer, on avait l’impression que la rondelle le suivait. Il avait dit quelque chose comme : «Je ne vais pas où la rondelle se trouve, j’anticipe où la rondelle sera, et je vais là.». La rondelle s’en va où en éducation? On parle d’innovation depuis des années. Et il est généralement question d’innover au niveau des méthodes d’enseignement ou des approches. Lorsqu’on pense à l’état des lieux en éducation et à l’évolution de la société, je me dis qu’il est peut-être temps d’innover mais au niveau de la finalité et du design de l’éducation. Voir au-delà des méthodes de transmission de connaissances et se demander des questions comme :

  • Quelle pourrait être la finalité de l’éducation?
  • Comment pourrait-on personnaliser l’apprentissage et la réussite?
  • Quels indicateurs de réussite pourraient le mieux servir les apprenants et les acteurs dans le système?

Remettre en question des choses qu’on ne remet pas en question. Comme disait Sir Ken Robinson bien avant la pandémie : «The fact is that given the challenges we face, education doesn’t need to be reformed — it needs to be transformed. The key to this transformation is not to standardize education, but to personalize it, to build achievement on discovering the individual talents of each child, to put students in an environment where they want to learn and where they can naturally discover their true passions.» Ses propos sont d’autant plus pertinents aujourd’hui. La pandémie a mis en lumière des aspects de l’éducation qui ont besoin d’être repensés. Comme disait Platon : «On peut aisément pardonner à l’enfant qui a peur de l’obscurité; la vraie tragédie de la vie, c’est lorsque les hommes ont peur de la lumière.» Le plus grand risque qui nous guette à mon avis, c’est le risque du statu quo.

On peut aisément pardonner à l’enfant qui a peur de l’obscurité; la vraie tragédie de la vie, c’est lorsque les hommes ont peur de la lumière. – Platon

Transition vers l’après-pandémie

Dans cette transition qui nous amène graduellement dans l’après-pandémie, il y aura ce grand désir d’un retour à une certaine normalité, d’un retour à ce qu’on a connu. Il faut se l’avouer. On a tous besoin d’un break. Tsé. Mais si on prend un peu de recul, je me dis qu’on ne peut pas retourner à ce que nous étions avant la pandémie en ajoutant à ça tous les impacts de la pandémie, dont l’ampleur nous échappe présentement. Il faut continuer à se questionner. J’ai vu passer cette citation dans les médias sociaux récemment : «The worst decision is no decision at all.» Je nous souhaite de choisir de continuer à prendre des risques pour améliorer l’éducation. Je pense que la prise de risque réfléchie – pas téméraire ou frivole – est nécessaire pour transformer l’éducation. Et pour remettre en question le statu quo, il faudra être prêt à parfois risquer l’erreur, le jugement de l’autre ou la relation. Assurons-nous de tout faire ce que nous pouvons faire pendant que nous sommes là.

Personnellement, parmi les risques que je vous ai partagés aujourd’hui, c’est le risque du regret qui m’interpelle le plus et qui me donne le goût de me dépasser. Je ne sais pas pourquoi. #yolo

Je nous relance donc la question, à nous, professionnels de l’éducation : «Qu’est-ce que nous ne voulons pas regretter dans 10 ans?».

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14 Nov, 2021

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