La cohérence se crée entre les évaluations sommatives.

La cohérence dans une école

J’ai eu la chance d’entendre Michael Fullan parler de cohérence l’an passé. Il a dit une phrase que je considère importante et qui peut passer inaperçue. « La cohérence se crée entre les rencontres de collaboration. » a-t-il affirmé. C’est donc dire que nos écoles deviennent (pas «sont», qui peut laisser croire à un état fixe, mais «deviennent» qui sous-entend que nos écoles évoluent, elle «sont en mouvement) cohérentes lorsque nos actions sont alignées avec nos visées. On dit qu’on vise quelque chose ensemble, on discute des stratégies à mettre en place, on les met en place et on en parle. Il est attendu, ici, qu’à un moment donné, quelqu’un vient me voir dans ma classe pour voir comment ça va, pour voir si on progresse vers ce qu’on vise et pour déterminer si on a tout ce dont nous avons besoin pour progresser. C’est l’idée. En très bref, c’est la cohérence, selon M. Fullan. Vu comme ça, c’est quand même simple. Une façon intéressante de déterminer si une école est cohérente est de se poser la question suivante : Si quelqu’un venait observer les actions qui se font dans votre établissement, pourrait-il deviner ce que vous visez? Est-ce que notre culture vient souligner nos mots?

Modèle de cohérence, adapté de M. Fullan Tiré de la session de coaching LI-VE du 27 octobre 2020

« La cohérence se crée entre les rencontres de collaboration. » – M. Fullan

Nos élèves deviennent, eux aussi.

Dans son excellent texte, Les dérives du palmarès des écoles secondaires, Marc-André Girard conclut en affirmant : 

«Le vrai palmarès, c’est celui des anciens élèves qui reviennent fièrement témoigner à leurs anciens enseignants leur appréciation en menant une vie équilibrée ancrée dans le siècle actuel. Après tout, la réussite de notre système d’éducation se résume-t-elle à des notes dans un bulletin ou à des élèves qui s’épanouissent dans leur parcours scolaire et, ensuite, dans leur vie ? Dirigeant des écoles primaires et secondaires depuis 15 ans, je m’enorgueillis bien plus de ce que mes élèves deviennent plutôt que des notes qu’ils ont eues, desquelles je ne me souviens pas !» 

Le verbe devenir, revient, encore une fois. Et on l’entend de plus en plus dans nos écoles. Comme pédagogue et comme père de famille, ça me rassure. Or notre façon d’utiliser l’évaluation (accent mis sur les notes) est-elle alignée avec cette visée présentement? Sommes-nous cohérents? La question se pose.

« Si tu ne sais pas où tu vas, n’importe quelle route peut t’y mener. » – Cheshire (Lewis Carroll), Alice au pays des merveilles

L’évaluation et la cohérence 

Lorsqu’on regarde les nouvelles pratiques qui s’installent dans les classes grâce ou à cause de la COVID-19, par souci de cohérence, il est sage de se demander ce qu’on peut espérer que nos élèves deviennent, dans ce nouveau contexte. La «game de l’école» est en devenir, elle aussi. On couvre le programme en surface ou on cible les apprentissages essentiels pour aller en profondeur? On fait le travail pour la note ou on devient? La question n’est pas aussi simple que ça. On fait probablement les deux. Mais comment peut-on passer de «Ça compte-tu?» à «Est-ce que je progresse?»? Ça demande de prendre du recul pour voir si nous sommes bien alignés avec nos visées. 

Un danger nous guette.

Si on est habile avec la technologie et qu’on doit adopter une approche hybride pour toutes les raisons qu’on connaît, le point de départ en pédagogie peut ressembler à ceci.

Tiré de la session de coaching LI-VE du 27 octobre 2020

L’élève reçoit un travail à faire (T), qui peut venir avec une explication (E) intégrée à un plan de travail, en vidéo par exemple; l’élève remet le travail et reçoit une note (N) accompagnée d’une rétroaction (R). Ça marche. En mode réaction, en mode «on s’adapte à une nouvelle réalité», ça marche. Lorsqu’on manque de temps, ça marche. Ce qui a été accompli en éducation au cours des derniers mois n’est rien de moins qu’extraordinaire. Or après quelques mois d’adaptation, un danger nous guette. Le système reprend ses sens présentement et il revient à la question : Sommes-nous cohérents? Est-ce que notre modèle pédagogique actuel permet à nos élèves de devenir ou se présentent-ils en ligne (ou à l’école) pour faire du travail et récolter leur paie (note)?  Cette année, nous avons moins de temps. Les élèves ont-ils moins de travaux et d’évaluations sommatives? La question se pose.

Lorsqu’il est question de l’évaluation et de la cohérence, il y a des choses qui ne changent pas. C’était justement le thème de ma plus récente session de coaching LI-VE

Voici trois idées pour stimuler la réflexion autour de l’évaluation et de la cohérence.

1. Enseigner ce qu’on mesure et mesurer ce qu’on enseigne

C’est connu, tous les élèves peuvent atteindre la cible s’ils la voient et qu’elle ne bouge pas. D’où l’importance d’enseigner ce qu’on mesure (cible) mais aussi de mesurer ce qu’on enseigne (ne bouge pas). Or mon vécu m’apprend qu’il faut toujours se garder une petite gêne. Ce n’est pas parce qu’on ne mesure pas que les élèves n’ont pas appris. Et les élèves n’apprennent pas seulement ce qu’on mesure. Je crois fermement que les choses les plus importantes, comme les relations, le bien-être et l’estime de soi, se mesurent mal. On ne mesure donc pas tout ce qui compte vraiment. C’est gris, n’est-ce pas?

2. Agir sur le devenir de l’élève

Lorsqu’on enseigne, on utilise parfois le manuel scolaire. Mais le manuel scolaire, ce n’est pas le programme. J’aime bien ce que Pierre Poulin a partagé à cet effet dans un récent Tweet.

Lorsqu’on enseigne, on assigne des tâches. Mais nos tâches sont un moyen parmi tant d’autres de faire vivre le programme. Assigner une tâche, ce n’est pas nécessairement enseigner. Lorsqu’on enseigne, on génère et on consigne des notes. Mais générer et assigner des notes, ce n’est pas nécessairement enseigner. Oui on fait tout ça lorsqu’on enseigne, mais l’enseignement commence réellement lorsqu’on agit sur l’apprentissage de l’élève. Connaît-on vraiment les grandes idées du programme? Et à partir du temps que nous avons, quels sont les moyens les plus efficaces de faire vivre le programme pour soutenir les élèves dans leur devenir, avec le temps à notre disposition? Les élèves ont-ils le temps d’apprendre dans nos classes présentement? On ne fait pas pousser des carottes en les mesurant chaque jour. Il faut les entretenir.

«Les élèves ont-ils le temps d’apprendre dans nos classes présentement?» – @bourmu

3. Le Saint-Graal de l’enseignement

Mon vécu me confirme que la rétroaction est vue comme le Saint-Graal de l’enseignement. Tout le monde sait que c’est important. Tout le monde en donne. Fait intéressant, la recherche nous démontre qu’une rétroaction accompagnée d’une note a à peu près le même effet que de simplement donner une note à l’élève. Fait intéressant, la rétroaction efficace porte sur autre chose que la qualité du travail de l’élève et elle a un impact significatif sur le devenir de l’élève. Par exemple, elle porte sur ses habiletés d’apprentissage et ses habitudes de travail, sa posture, son effort ou sa métacognition, pour ne nommer que ceux-là. Fait intéressant, la rétroaction reçue et réinvestie avant la note nous permet d’agir sur l’apprentissage alors que la rétroaction qui vient avec ou après la note ne sert que de justification ou même d’autopsie. 

Or le point le plus important entourant la rétroaction selon mon expérience, ce sont les relations.

«La rétroaction reçue et réinvestie avant la note nous permet d’agir sur l’apprentissage alors que la rétroaction qui vient avec ou après la note ne sert que de justification ou même d’autopsie.» – @bourmu

Et vous, quelles sont vos observations en lien avec la rétroaction? Ça aussi, c’est gris. Chose certaine, les relations sont importantes. J’irais même jusqu’à dire que la rétroaction que nous offrons aux élèves reflète la qualité de nos relations. Pensez-y.

Que vise-t-on?

Finalement, tout dépend de ce que nous visons. Et comme disait Cheshire (Lewis Carroll) dans Alice au pays des merveilles : « Si tu ne sais pas où tu vas, n’importe quelle route peut t’y mener. »

Si la cohérence dans une école se crée entre les rencontres de collaboration, en classe, la cohérence se crée entre les évaluations sommatives!

Novembre sera exigeant, comme toujours. Il est encore temps d’agir et de créer, ensemble, cette cohérence.

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1 Nov, 2020

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Commentaires

2 Commentaires

  1. Béatrice Groux

    Merci de nous soumettre ces importantes réflexions. C’est pourquoi, j’aime le terme évaluation de l’apprentissage, plutôt qu’évaluation sommative. Cela donne bien le message que ce type d’évaluation représente une photo des habiletés d’un élève, après avoir utilisé différents types de preuves d’apprentissage, lui avoir donné des rétroactions pour le guider dans son apprentissage, le faire réfléchir à ses objectifs personnels d’apprentissage.

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    • escouadeedu

      Merci de ton commentaire, Béatrice. C’est très apprécié 🙂

      Réponse

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