Tout le monde est un leader

Comment vous servent vos réglages par défaut?

C’est le début du mois d’octobre. Déjà. C’est un bon moment pour mettre à jour nos stratégies. Il y a toujours des choses à améliorer et des élèves qui apprennent différemment. Or sommes-nous conscients des stratégies que nous déployons naturellement au quotidien depuis le début de la rentrée? Parce qu’elles façonnent la vie scolaire et l’expérience d’apprentissage de toutes les personnes qui nous sont confiées. Et nos stratégies viennent bien souvent de nos réglages par défaut. Un réglage par défaut, c’est quelque chose qu’on fait sans avoir à y penser, c’est ce qui vient naturellement de nous. C’est souvent inconscient mais ça vaut la peine d’amener tout ça au niveau de la conscience en ce début du mois d’octobre. Je vous partage aujourd’hui 3 réglages par défaut qui servent ou non notre mission éducative. Ils valent la peine d’être inspectés.

La tâche ou la personne?

Vous êtes en train de rédiger un courriel et votre collègue, votre enfant, votre conjoint.e (choisissez le scénario) se présente dans votre bureau pour vous parler… Et votre réglage par défaut prend le dessus. Si vous êtes axé sur la tâche, vous continuez à écrire votre courriel. Vous écoutez (entendez) d’une oreille distraite la personne qui vous parle et lui donnez même possiblement des indices non-verbaux pour lui laisser savoir que vous avez des choses à faire et qu’il ou elle peut vous laisser tranquille. Si vous êtes axé sur la personne, vous arrêtez d’écrire et êtes pleinement disponible et à l’écoute de la personne qui vient vous parler. Vous vous reconnaissez? Outch! Ça, c’est mon défi de tous les jours. Je suis sans contredit une personne axée sur la tâche. Si vous avez déjà assisté à une formation en personne avec escouadeÉDU, à quelques minutes du début, je suis dans ma bulle près de l’estrade. Mon collègue Stéphane, lui, est très axé sur la personne. Il discute avec les participants et oublie même parfois qu’il faut commencer la formation. Ce sont nos réglages par défaut. Le fait d’être axé sur la tâche m’est très utile au quotidien. Ça m’aide à être productif et à créer. Mais ça m’empêche parfois d’entrer en relation avec les gens qui m’entourent. Je travaille là-dessus continuellement. Combien de fois ai-je dû sortir de mon bureau pour aller «défaire» ce que j’avais fait plus tôt et pour reconnecter avec des collègues, des élèves, mes enfants, ma conjointe… Êtes-vous davantage axé sur la tâche ou sur la personne?

Dans mon expérience, la sanction et le jugement nous éloignent de notre mission éducative et sont parfois le fruit de notre propre insécurité. – @bourmu

La sanction ou la relation?

En éducation, nous côtoyons toutes sortes de personnes. Nous n’apprécions pas toujours comment nos élèves se comportent. Retard, langage blasphématoire, code vestimentaire, impolitesse, travail incomplet, intimidation d’un autre élève, plagiat, cellulaire, désengagement général… Ce qui est fascinant, c’est que le comportement des élèves peut varier en fonction de l’adulte qui est devant eux. À la rentrée scolaire, nous souhaitons donner le ton. Les comportements d’élèves qu’on aimerait ne pas avoir à gérer dans notre école sont des occasions pour nous établir en tant que leader et pour entrer en relation avec les élèves. Particulièrement cette année. Les règlements sont importants pour garder tout le monde en sécurité et pour créer un climat propice à l’apprentissage. Or un élève qui oublie d’enlever sa casquette ne met personne en danger. Tel adulte s’empresse d’appliquer le code de vie à la lettre alors que tel autre adulte voit cette situation comme une occasion d’entrer en relation avec l’élève… et d’ensuite l’inviter à enlever sa casquette. La différence est subtile mais déterminante. Quel adulte va s’établir comme leader? Quel adulte va souffrir cette année? Dans ma carrière, j’ai entendu des collègues parler à des élèves comme s’ils étaient du bétail. C’est triste. C’est à se demander ce qu’ils aiment de leur travail. La même chose peut se produire entre collègues. Nos collègues font ou disent parfois des choses qui nous laissent perplexes. Et dans notre discours intérieur vient la sanction… ou le désir d’entrer en relation. Le jugement ou l’empathie. Dans les deux cas, élèves ou collègues, la différence entre la sanction (jugement) ou la relation (empathie), c’est de s’intéresser à l’autre et de comprendre l’histoire derrière le comportement. Dans mon expérience, la sanction et le jugement nous éloignent de notre mission éducative et sont parfois le fruit de notre propre insécurité. Quand vous réfléchissez à la qualité du milieu de vie que vous créez depuis la rentrée, quel est le réglage par défaut dans votre milieu? Êtes-vous davantage axé sur la sanction ou sur la relation?

La peur ou l’espoir?

Notre mission éducative nous amène à viser la réussite de tous élèves. Tous. Pour que les élèves réussissent, ils doivent apprendre. Pour que les élèves apprennent, nous devons entrer en relation avec eux et générer des émotions positives afin qu’ils s’engagent dans leur apprentissage. C’est connu. Mon vécu en éducation m’amène à affirmer que la qualité de nos relations détermine la qualité de l’éducation. Or dans cette quête de la réussite pour tous, tous les adultes n’ont pas la même facilité à entrer en relation avec les élèves. Et c’est parfois à cause de l’approche. Je m’explique. En début de carrière, des collègues me disaient qu’à la rentrée, il faut être rigoureux, sévère et exigeant. « La première semaine, il faut que tu fasses le ménage, Marius. Si tu leur fais peur un peu, les élèves qui n’ont pas d’affaire là vont changer de cours. » Je l’ai essayé. J’ai souffert. Mes élèves aussi. J’ai appris que ce n’était pas moi, ça. J’ai rencontré d’autres collègues qui me disaient quelque chose comme : « Marius, dès la rentrée, je veux apprendre à connaître tous mes élèves. À la fin de la première semaine, je veux qu’ils soient convaincus qu’ils ont fait le bon choix et qu’ils vont réussir dans ma classe. » C’est une approche différente, qui donne des résultats différents. Parfois, notre réglage par défaut nous amène à entretenir inutilement la peur dans notre salle de classe. La peur s’entretient bien subtilement parfois. La peur de perdre des points, la peur d’être puni, la peur de faire rire de nous, la peur du sarcasme de Monsieur Untel, la peur de déplaire, la peur d’être différent, la peur d’être laissé de côté… La peur nous prive de notre mission éducative beaucoup plus que nos échecs, selon moi. Lorsque la peur entre en salle de classe, l’apprentissage sort. Le bonheur aussi. Dans le contexte actuel et plus que jamais dans le monde (l’école) d’aujourd’hui, nos élèves ont besoin d’espoir. La vraie vie fait assez peur à elle seule. Quand vous réfléchissez à votre milieu depuis la rentrée, quel est le réglage par défaut? Êtes-vous davantage axé sur la peur ou sur l’espoir?

Lorsque la peur entre en salle de classe, l’apprentissage sort. Le bonheur aussi. – @bourmu

Je vous invite à considérer que vos réglages par défaut sont parfois très utiles et parfois moins. Ce n’est pas bien ou mal. L’idée, c’est d’en être conscient afin de présenter intentionnellement la meilleure version de soi-même aux personnes qui nous entourent. L’idée, c’est que nos réglages par défaut soient au service de notre mission éducative.

Alors, comment vous servent vos réglages par défaut présentement?

Merci de vos commentaires 🙂

Les droits de l’apprenant

Lors de la première session de coaching LI-VE, j’ai présenté les droits de l’apprenant aux participants. J’ai pensé que ça pourrait peut-être vous intéresser.

J’ai toujours vu la rentrée scolaire comme une opportunité de repartir à neuf. C’est la période de l’année scolaire où tout est à créer et où tout est (encore) possible. Espoir. On espère qu’on aura un beau groupe ou une belle équipe. On espère qu’on va aimer notre année. On espère que les apprenants qui nous sont confiés vont apprendre… C’est le défi ultime de l’éducation : qu’il y ait apprentissage. Je me demande ce que les apprenants espèrent, eux, à la rentrée… Depuis plusieurs années déjà, il est question de viser l’apprentissage en profondeur. Avec la pandémie, il est aussi question de bien-être, de bienveillance, d’équité et d’inclusion. L’inclusion. On veut inclure les personnes. Mais en éducation, à mon avis, l’inclusion ultime, c’est l’apprentissage pour tous. Je pense qu’il est raisonnable d’affirmer que dans toutes les classes, il y aura de l’enseignement cette année. C’est quand même assez simple (je ne dis pas facile) à faire. On enseigne des concepts, on assigne des tâches, on les corrige… Notre défi, c’est d’inclure l’apprentissage pour tous. Ça, ce n’est pas aussi simple. Or n’est-ce pas cela, le changement de paradigme en éducation? Passer de l’enseignement à l’apprentissage… Je pensais à des pistes pour y arriver dernièrement et je me disais que si nous étions vraiment sérieux à l’idée d’inclure l’apprentissage, tous les apprenants auraient le droit d’apprendre. Au Canada, par exemple, nous croyons que la liberté des citoyens est importante. Alors tous les citoyens ont des droits et des libertés. Présentement, tous les apprenants ont droit à l’enseignement dans nos écoles. Or combien n’ont pas suffisamment accès à l’apprentissage? Voici donc les droits de l’apprenant.

1. Droit qu’on croie en moi

Lors d’un évènement en Californie il y a quelques années, un homme d’une cinquantaine d’années, formateur de leadership en entreprise, me disait que son enseignante de 3e année avait changé sa vie. Il ne se voyait pas comme un bon élève. Il avait même des difficultés à l’école. Un jour, son enseignante lui a remis son travail. À sa grande surprise, il avait très bien réussi. Son enseignante lui avait jeté un regard qui voulait dire «Je te l’avais dit que tu étais capable!» La puissance du regard. L’homme en question me disait que c’est ce moment qui a tout fait basculer pour lui. Lorsque quelqu’un croit en nous, ça nous permet parfois d’exprimer un potentiel qu’on ignorait avoir. Si nous souhaitons vraiment inclure l’apprentissage, les apprenants ont droit d’avoir accès à un adulte qui croit en eux. Après tout, quelles sont les chances d’apprentissage d’une personne si son enseignant ne croit pas en elle? Le regard, les amis.

2. Droit qu’on mette en valeur ce que j’ai à offrir

Les apprenants qui nous sont confiés ne sont pas des vases vides à remplir. Ils ont des aspirations et nous avons le privilège de les aider à devenir qui ils sont. Pour mettre en valeur ce que les apprenants ont à offrir, il faut s’intéresser à eux. Après tout, on enseigne quelque chose, à quelqu’un. Et ce quelqu’un est ce qui compte en matière d’apprentissage. Un principe important en leadership, c’est que les gens soutiennent ce qu’ils créent. D’où l’importance d’impliquer les gens. Pour qu’il y ait apprentissage, il importe d’impliquer les apprenants. L’engagement. Une façon très efficace pour susciter l’engagement de l’apprenant, c’est de l’aider à voir le lien entre le contenu et son identité actuelle ou future. Est-ce qu’il y a une place pour ce que l’apprenant a à offrir dans ce qu’on lui propose?

3. Droit qu’on donne un sens à ce que j’apprends

Nous souhaitons développer la pensée critique des apprenants. C’est connu. Il faut donc s’attendre à ce qu’ils demandent pourquoi. Pourquoi telle tâche? Pourquoi page 27 ce matin? Ce n’est pas un défi à l’autorité, ça. N’est-ce pas notre responsabilité professionnelle d’être capables de donner un sens à ce qui se passe dans notre établissement? Lorsque l’apprenant sait clairement ce qu’il apprend, pourquoi il l’apprend et comment il va s’en servir, il s’engage naturellement dans son apprentissage. Pourquoi? Parce que ça a du sens.

4. Droit d’avoir des objectifs personnels

La transformation de l’éducation passe par la personnalisation de l’éducation. C’est mon humble avis. Lorsque nous faisons une place pour les objectifs personnels des apprenants, nous personnalisons l’éducation. Avoir des objectifs personnels signifie qu’on se compare à soi-même, pas aux autres. Avoir des objectifs personnels permet à l’apprenant d’accepter graduellement la responsabilité de son devenir. Ça, c’est big. Ça veut aussi dire que ça dépasse la matière ou le programme. J’ai souvent entendu l’expression «Faire éclater les murs de l’école». Pour s’ouvrir sur le monde. C’est fantastique. Mais je pense qu’on fait éclater les murs de l’école lorsqu’on fait une place pour autre chose que ce qui se trouve au programme. On fait éclater les murs de l’école lorsqu’on y fait une place pour l’apprenant en devenir et la vraie vie, avec tout ce que ça implique.

5. Droit d’être rendu là où je suis rendu

Cet hiver, je discutais avec notre très chère collaboratrice Stéphanie Dionne de l’École branchée. Elle me racontait que son fils avec un exposé oral ou une vidéo à produire (j’oublie la tâche spécifique) et qu’elle souhaitait l’aider. À un moment donné, son fils lui aurait dit  quelque chose comme : « Maman, toi t’es rendue au niveau 400. Moi je suis au niveau 4. Laisse-moi donc vivre mon niveau 4! » Elle et moi avons trouvé ça fantastique. Cet exemple est tellement pertinent actuellement en éducation. Les chances sont que les apprenants qui nous sont confiés cette année soient, eux aussi, rendus là où ils sont rendus. Et ce n’est probablement pas aligné avec la progression des apprentissages habituelle. Mais ils sont là où ils sont. La question à se poser : « Auront-ils le droit d’être rendus là où ils sont rendus? ». La réponse viendra du regard, de la bouche et des actions des adultes autour d’eux.

6. Droit de vivre des émotions

Certains l’oublient parfois, mais les enfants sont… des enfants. Ils vivent des émotions, comme nous d’ailleurs. Or ont-ils le droit de vivre des émotions? Qu’est-ce qui se produit lorsqu’un apprenant vit des émotions fortes et qu’il manifeste des comportements qu’on pourrait qualifier d’inacceptables? Comment est-ce une occasion d’apprentissage pour tous lorsque cela se produit? Dans Permission to Feel, Mark Brackett affirme qu’on ne peut pas s’attendre à ce que les apprenants s’auto-régulent si on ne leur enseigne pas à reconnaître, à comprendre, à nommer, à exprimer et à gérer leurs émotions. Les émotions font partie de l’expérience humaine et donc, de l’expérience d’apprentissage.

7. Droit d’échouer temporairement

Les système d’éducation a à coeur la réussite de tous les apprenants, et c’est tant mieux. Or parfois, certains ont l’impression que les apprenants n’ont plus le droit d’échouer. Et ça mène à toutes sortes de pratiques. Si la réussite n’est pas permanente, l’échec ne l’est pas non plus. L’échec n’est pas final. À moins qu’on le traite comme ça. L’échec est en fait un excellent enseignant. Il nous permet de dire « pas encore ». Il nous permet de constater qu’il reste de l’apprentissage à faire. Certains diront : «Oui mais Marius, il y a des échéances et des exigences systémiques…». Oui. Il y en a. Ce sont les limites du jeu. On ne peut pas faire semblant qu’il n’y en a pas. Et à l’intérieur de ces limites, il y a des limites bien arbitraires qui sont ajoutées qui font en sorte que QUAND l’apprenant apprend est plus important que SI il apprend. Comme le quiz du vendredi. Tous les vendredis… Changement de paradigme… Le possible se trouve là. Comment l’échec pourrait-il devenir temporaire dans votre milieu?

8. Droit de me relever

Si l’échec devient temporaire, c’est que l’apprenant doit se relever. Ce n’est pas une option. C’est le contrat d’engagement. Accepter l’échec temporaire, c’est choisir de placer l’apprenant au centre de son apprentissage. C’est vivre pleinement le « Ici, on apprend! ». Vous voulez augmenter le taux de réussite dans votre milieu? Permettez aux apprenants de se relever! Apprendre à se relever, c’est apprendre à accueillir son pouvoir d’action dans sa propre vie. Je me demande combien d’apprenants vont avoir la chance d’apprendre à se relever cette année, une année où le réflexe systémique va vouloir réduire les écarts?

9. Droit qu’on m’aide à voir le lien entre mes efforts et les résultats que j’obtiens

Si nous choisissions vraiment l’apprentissage, nous pourrions amener les apprenants à voir le lien entre leurs efforts, les stratégies qu’ils utilisent (efficacité) et les résultats qu’ils obtiennent. C’est un peu la morale de La Cigale et La Fourmi. Combien d’apprenants ne comprennent pas comment ça fonctionne l’apprentissage ou la réussite scolaire? Certains croient même ceci : bonne note = mon prof m’aime; pas bonne note = mon prof ne m’aime pas. Wow. Imaginez le sentiment d’autonomie ou d’efficacité personnelle de l’apprenant lorsqu’il comprend ce qu’il peut et doit faire pour apprendre. Ce n’est plus une question de chance mais une méthode bien précise qui est transférable à de nouveaux contextes. Liberté dites-vous?

10. Droit à une expérience d’apprentissage signifiante et stimulante

Pour inclure l’apprentissage, l’apprenant doit être engagé. La pertinence de la tâche aux yeux de l’apprenant influence beaucoup son niveau d’engagement, et donc, l’étendue de son apprentissage. « Est-ce que la tâche vaut mon temps et mon énergie? », pense-t-il. Les apprenants qui nous sont confiés sont de passage dans nos établissements. Les expériences d’apprentissage auxquelles ils seront exposés les aideront à prendre connaissance du monde qui les entoure (programme) mais aussi du monde qu’ils portent en eux (personnalisation). Au bout du compte, le but de l’éducation est d’amener les apprenants à se réaliser, à trouver leur place dans la société et à y contribuer, à leur façon. Pour y arriver, il importe d’inclure l’apprentissage pour tous. À quoi pourraient ressembler les expériences d’apprentissage des apprenants qui vous sont confiés cette année?

Imaginez, si tous les apprenants avaient ces droits dans nos établissements.

Imaginez ce qui se passerait si ces droits devenaient les principes directeurs de l’école d’aujourd’hui.

On peut espérer avoir une belle année et que les apprenants apprennent… On peut aussi choisir d’inclure l’apprentissage et la créer cette belle année.

Merci de vos commentaires et bonne rentrée!

Vers un «nouveau normal» en éducation

Ça sent de plus en plus le «retour à la normale». Hier, j’ai joué au golf avec ma fille. J’ai mes deux rendez-vous pour recevoir le vaccin. L’été arrive. La piscine est prête. Les provinces annoncent leur plan de déconfinement. Et je suis tombé sur cette publicité.

C’est comique mais cette publicité traduit très bien cet ardent désir d’un retour au contact humain, au vivre-ensemble. Au «en vrai», à la liberté. Avec ou sans gomme à mâcher Extra 🙂 En nous isolant, la pandémie nous a placés face à nous-mêmes et nous a amenés à faire des prises de conscience importantes en tant que société. Mais ce sera pour un autre billet. Aujourd’hui, j’ai le goût de vous parler de la rentrée scolaire 2021-2022. Parce que qu’il y a des choses qui me préoccupent. Je ne prétends pas avoir la solution. Je vous partage en toute humilité les enjeux que je vois présentement. Écrire m’aide à amener de la clarté dans mes idées. Avec vos commentaires, je suis confiant que nous pourrons ensemble identifier des pistes d’action concrètes afin de créer une rentrée scolaire bienveillante pour tous. Pour moi, le retour à la normale, c’est le retour à l’humain. Parce que ce serait normal de placer l’humain au centre de tout ce que nous faisons en éducation.

Des écarts!? 

Le système d’éducation, lui aussi, a fait des prises de conscience pendant la pandémie. Et dans l’optique d’un «retour à la normale», le système sort ses vieux réflexes. C’est normal. En effet, on entend de plus en plus parler des écarts que nous observons ou que nous anticipons et du rattrapage à faire!

  1. L’écart entre là où les élèves se situent par rapport à où ils en seraient dans leur apprentissage s’il n’y avait pas eu de pandémie. La pandémie a ralenti le rythme de l’apprentissage. C’est normal, ça. John Hattie dirait peut-être qu’une année d’apprentissage pour une année d’enseignement en contexte de pandémie, ça ne se compare pas à ce que nous pouvons accomplir lorsqu’il n’y a pas de pandémie. Je serais curieux de savoir à combien de mois d’apprentissage équivaut un effet de 0,40 en contexte de pandémie. 4 mois? 6 mois? 10 mois? Est-ce que ça vaut même la peine de poser la question?
  2. L’écart entre les élèves qui progressent bien et ceux qui progressent difficilement. À distance, nous ne contrôlons pas le milieu de vie de nos élèves. Certains élèves sont plus difficiles d’accès à distance et le contact humain, la proximité, est parfois plus difficile à créer à distance. Or avec le «retour à la normale», nous aurons bientôt accès à des stratégies de haut rendement en personne.
  3. L’écart entre les habiletés sociales, les habiletés d’apprentissage et les habitudes de travail en personne d’avant la pandémie et ce que nous observerons à la rentrée. Nos élèves, comme nous, ont développé de nouvelles habitudes de vie pendant la pandémie, qui inclut la nécessaire utilisation de la technologie pour socialiser avec les autres. À quoi pourrait ressembler un plan de relance pour bâtir le savoir-vivre-ensemble requis dans une communauté scolaire pour qu’il y ait graduellement un retour à l’apprentissage en profondeur? Tsé, ce que nous visons en éducation.
  4. L’écart au niveau de la langue d’enseignement. Pour plusieurs de nos élèves, l’école est le seul endroit où ils vivent en français. Il n’y a pas de corridors dans l’école virtuelle. Il est donc plus difficile de créer un milieu de vie en français pour nos élèves cette année. En fonction de votre clientèle d’élèves, que voudrez-vous faire dès la rentrée pour créer un milieu de vie stimulant en français?

Pour le système, il y a possiblement d’autres écarts qui seraient dignes de mention. Le système, c’est du monde. Et à notre décharge, notre réglage par défaut, l’ADN institutionnel, nous amène souvent à voir ce qui manque, à voir l’erreur pour la corriger. C’est «normal». Mais une question me vient en tête : Pourquoi voudrait-on mettre l’accent sur les écarts et sur le rattrapage?

On ne peut pas refaire sa vie. On peut seulement la continuer en acceptant la responsabilité de son devenir. – Inconnu

L’école de l’avant-pandémie n’existe plus!

Ça servirait à qui de comparer où nous en sommes présentement à où nous en serions s’il n’y avait pas eu de pandémie? Pensez-y. L’école de l’avant-pandémie n’existe plus. Il y a eu une rupture dans la progression des apprentissages prévue par le système. Il faut l’accepter. Certains experts affirment que nous en avons pour des années de rattrapage. D’autres parlent d’une génération perdue. C’est quand même incroyable. Mais nous sommes tous dans le même bateau. Imaginez l’impact sur le personnel, sur les élèves et sur les familles si le système décidait, pour la rentrée, de voir le verre à moitié vide et nous disait : «Eille la gang, nous savons que vous avez travaillé fort pendant la pandémie, mais ce n’était pas suffisant. Les élèves sont vraiment en retard. Alors, go. On veut des résultats.» Imaginez le stress que porterait le personnel, un stress qui finirait assurément sur nos élèves. Est-ce ça, le retour à la normale que nous voulons? J’ai une idée. Et si le système s’ajustait, lui, plutôt que de demander à tout le monde de se rattraper?! Et si le système nous invitait à nous attarder aux humains et à leurs acquis plutôt qu’à leurs manques? Après tout, tout le monde a appris pendant la pandémie. Et pas nécessairement ce qu’il y a programme. Pensez à tout ce que nous avons appris et à tout ce que nos élèves ont appris pendant la pandémie et qui «ne compte pas» en éducation.

Créer un climat où tout est possible

Personne ne peut contrôler les résultats des élèves. Nous le savons. Comme on ne pourra pas contrôler leur comportement, leurs acquis, les écarts… à la rentrée. Nous ne pourrons qu’accueillir tout ça. En ce sens, j’aime bien cette citation de Sir Ken Robinson : «The real role of leadership in education … is not and should not be command and control. The real role of leadership is climate control, creating a climate of possibility.» Tout ce que nous pouvons faire, c’est de créer les conditions pour que les élèves aient le goût d’apprendre avec nous et qu’ils apprennent à devenir qui ils sont. Dans l’école d’aujourd’hui, on ne veut pas contrôler les personnes, on veut les propulser. Quand une carotte ne pousse pas, on ne tire pas dessus. On crée les conditions pour qu’elle atteigne son plein potentiel. Sachant ce que nous savons de l’impact de la pandémie sur les personnes jusqu’à maintenant, je me pose la question suivante : Qu’est-ce qu’une personne raisonnable ferait à la rentrée scolaire pour créer un climat où tout est possible pour tous les apprenants?

Voici 10 idées qui me paraissent importantes pour la rentrée :

  1. Regarder la rentrée avec des yeux d’élève : À quoi ressemble la rentrée scolaire que vous aimeriez vivre si vous étiez élève?
  2. Générer des émotions positives : S’il y a une chose qui est claire, c’est que l’apprentissage est possible lorsque les émotions sont positives. Quelles actions ou quelles décisions pourraient vous aider à générer des émotions positives chez les adultes et chez les élèves dès la rentrée?
  3. Miser sur les relations : On enseigne quelque chose, à quelqu’un. Et ce quelqu’un est ce qui compte. On a intérêt à en apprendre le plus possible à son sujet. Les résultats ne viennent pas de l’enseignant ni du contenu : ils viennent de l’élève. Développer des relations de qualité permet de ne pas se placer entre l’élève et le contenu ou l’expérience d’apprentissage. Les relations positives nous permettent de ne pas être une barrière à l’apprentissage. C’est big. Comment pourriez-vous développer des relations positives avec tous les apprenants dès la rentrée?
  4. Résister à la tentation d’étiqueter les élèves : Après plusieurs mois de confinement, nos réflexes pourraient nous amener à identifier et à isoler des élèves pour leur «venir en aide». Souvent, les étiquettes servent à expliquer pourquoi certains élèves n’apprennent pas aussi bien que les autres. Ça a un impact sur nos relations, en passant. Ça annonce clairement le regard que nous avons sur l’autre. Comment pourriez-vous offrir à tous vos élèves différentes formes de soutien qui traduisent un regard bienveillant, un regard qui dit «Je crois en toi». Parce qu’ils auront tous des besoins particuliers et différents. Et c’est normal, ça.
  5. Adopter une mentalité d’abondance : Une mentalité d’abondance, c’est croire qu’il y a une abondance de ressources, de talents, de potentiel, de temps, d’acquis, de flexibilité, de possibilités… pour vivre une rentrée qui nous relance sur la trajectoire de l’apprentissage en profondeur. C’est croire qu’on a tout ce qu’il faut pour aller là où on veut aller. Pas convaincu? Regardez ce que vous avez accompli en équipe dans la dernière année! Qu’est-ce qui deviendrait possible pour vos élèves à la rentrée si tous les membres de votre personnel avaient une mentalité d’abondance?
  6. Accueillir l’embarras du choix : La pandémie nous a sortis de notre zone de confort et ne nous a pas donné le choix de nous adapter… en attendant. Avec cet éventuel retour à la normale, vient le retour au choix. Nous pourrons bientôt choisir de revenir à ce que nous faisions (confort) ou de continuer à transformer l’éducation (inconfort) pour les apprenants qui sont devant nous. Le choix. Que choisirez-vous?
  7. Se voir comme un coach : Un coach identifie, positionne et outille le talent. Un coach met l’accent sur le potentiel, pas sur la performance actuelle. Un coach donne de la rétroaction sur ce qui va bien afin d’amener l’autre à comprendre ce qu’il fait bien. Un coach met aussi l’accent sur les 4 P : le plus petit prochain pas, afin de faciliter le passage à l’action et de créer du momentum. Un coach met l’accent sur le processus et vise donc le progrès, pas la perfection. Un coach amène l’autre à se comparer à lui-même. Meilleur qu’hier, moins bon que demain. Un coach amène l’autre à monitorer ses habitudes quotidiennes, parce que les résultats sont hors de notre contrôle. Qu’est-ce qui vous empêche d’adopter une posture de coach dès la rentrée?
  8. Inclure l’apprentissage : On parle beaucoup d’inclusion dernièrement. C’est souvent fait dans le but d’inclure des personnes qui répondent à certaines caractéristiques et ou à un certain profil. En éducation, l’ultime inclusion, à mon avis, n’a pas tant à voir avec les personnes qu’avec l’apprentissage. Dans l’école d’aujourd’hui, tous les choix que nous faisons, je pense, sont faits dans le but d’inclure, non pas l’enseignement, mais l’apprentissage pour tous dans nos établissements. Qu’est-ce qui pourrait vous permettre d’inclure l’apprentissage pour tous à compter de la rentrée?
  9. Travailler en équipe : Dans un récent billet, j’écrivais que l’enseignement est un sport d’équipe. La prochaine rentrée va demander beaucoup de conscience, d’intentionnalité et de collaboration. Une école, c’est un milieu de vie. Et la qualité du milieu de vie est en grande partie créée par les adultes. Quel milieu de vie avez-vous le goût de créer en équipe, pour vos élèves, dès la rentrée?
  10. Impliquer les parents : Si nous avons appris une chose cette année, c’est l’importance de l’appui des parents. La rentrée scolaire nous offre une occasion de communiquer une multitude de choses avec les familles, dont les rôles et les responsabilités, la vision, le plan de relance… Comment pourriez-vous impliquer les familles pour assurer une rentrée scolaire réussie?

Dans l’école d’aujourd’hui, on ne veut pas contrôler les personnes, on veut les propulser. Quand une carotte ne pousse pas, on ne tire pas dessus. On crée les conditions pour qu’elle atteigne son plein potentiel. – @bourmu

Accepter la responsabilité du devenir de l’éducation

J’ai entendu quelque part qu’on ne peut pas refaire sa vie. On peut seulement la continuer en acceptant la responsabilité de son devenir. Ça a du sens. C’est toujours ce qu’on fait à partir de maintenant qui compte. En éducation, on ne peut pas revenir en arrière et faire comme s’il n’y avait pas eu de pandémie. On peut simplement continuer à essayer d’offrir une éducation de qualité à nos élèves et accepter le privilège de porter la responsabilité de l’avenir de l’éducation. La balle est dans notre camp, les amis. Je pense qu’il est temps de faire de la place à un «nouveau normal» en éducation. Un retour à l’humain, où tout est possible. On vise le progrès, pas la perfection.

Merci de vos commentaires 🙂

 

La fin d’une année scolaire historique approche. Quel sera notre legs?

30 chances

«Vous n’avez pas 30 ans, vous avez 30 chances pour avoir un impact sur la vie des élèves qui vous sont confiés et sur la vie des collègues que vous côtoyez.» Je me souviens de ces paroles de Wayne Hulley qui nous expliquait qu’on peut avoir l’impression d’avoir amplement de temps pour amener un changement en éducation. J’étais conseiller pédagogique à l’époque. Monsieur Hulley nous rappelait l’importance du sentiment d’urgence. Parce que nos élèves vont et viennent, nos listes de classe changent mais nous, on reste. On reste parce qu’on a choisi d’être en éducation.

Une année scolaire historique tire à sa fin.

La fin de l’année scolaire approche. C’est la promesse de toutes les années scolaires : elles finissent. Mais quand on y pense, notre objectif premier en éducation, ce n’est pas seulement de finir l’année. On souhaite aussi, je pense, avoir un impact positif sur nos élèves. Pensez à toutes les stratégies de prévention que nous mettons habituellement en oeuvre à partir du mois de mai pour prévenir le désengagement des élèves, entre autres. C’est connu. Le mois de mai requiert pratiquement la même énergie que la rentrée scolaire pour maintenir les routines, les processus, l’engagement… Afin qu’on puisse finir ensemble. Dans les écoles qui ne le font pas, on a parfois l’impression que les élèves viennent à l’école pour regarder les adultes travailler. Je ne nous souhaite pas ça. Surtout pas cette année. Comment nos stratégies de prévention habituelles s’appliquent-elles à cette année scolaire historique qui tire à sa fin?

Quel sera notre legs?

Je réfléchis aux paroles de Monsieur Hulley et je me dis que nos élèves de cette année n’ont pas choisi le contexte dans lequel ils sont en train de finir leur année scolaire. Nous non plus d’ailleurs. Mais cette année, historique rappelons-le, représente une de ces 30 chances que nous avons. Et elle n’est pas encore terminée. C’est donc dire qu’il est encore temps de réfléchir à la dernière des 21 lois irréfutables du leadership de John C. Maxwell : la loi de l’héritage, qui se lit comme suit : «La valeur d’un leader se mesure par l’héritage qu’il laisse à son départ.» En éducation, nous avons le pouvoir de changer des vies mais ce sont nos élèves qui partent à la fin de l’année scolaire. Et nos élèves ne se souviennent pas autant du contenu enseigné que de comment ils se sont sentis en notre présence. Pensez aux profs dont vous vous souvenez le plus… Alors oui la fin approche et ma question est la suivante : Qu’avons-nous le goût de léguer à nos élèves et à nos collègues d’ici la fin de cette année scolaire historique? Vous avez des personnes en tête? Ne manquez pas votre chance!

Merci de vos commentaires 🙂

 

 

L’enseignement est un sport d’équipe!

Je n’ai pas écrit depuis un ptit bout. J’ai consacré mon énergie à ma famille (du mieux que je l’ai pu) et aux personnes que j’ai la chance d’accompagner en éducation. J’ai tellement de choses à vous raconter dans les prochains billets. Pour aujourd’hui, je vais me concentrer sur la collaboration dans nos écoles. C’est un sujet qui a été, implicitement et explicitement, au coeur de mes rencontres avec des directions et des enseignants de divers milieux au cours des derniers mois.

Où en serions-nous sans la collaboration en ce moment?

Je ne sais pas si vous allez être d’accord. Plusieurs personnes sont d’avis que si nous avons pu relever le défi de continuer à offrir une éducation à nos élèves, c’est parce que les acteurs du réseau se sont mis en mode «collaboration». Certains diraient que c’est normal puisque la pandémie ne nous a pas donné d’autre choix. Où en serions-nous présentement sans la collaboration dans nos milieux? La question se pose. Et il importe de célébrer le travail extraordinaire (il n’y a pas de mot assez élogieux) des acteurs du réseau. Or la fin de l’année approche et le réseau se prépare à un éventuel retour « à la normale ». Dans la perspective de l’après-pandémie, je pense que la collaboration sera primordiale si on souhaite vraiment relancer l’éducation, une éducation au service de tous nos élèves.

«Si tu es le meilleur prof de ton école et que tu ne contribues pas activement à la communauté d’apprentissage professionnelle, tu nuis à ton école.» Traduction libre – Richard Dufour

Le mindset d’un joueur d’équipe

Dans mon vécu, la collaboration est le moteur de l’amélioration continue en éducation. Même si l’enseignement nous amène à fermer notre porte de classe et à enseigner individuellement, l’enseignement est un sport d’équipe. Après tout, nous avons des objectifs communs et un profil de sortie de l’élève commun. C’est pourquoi les écoles se donnent différentes structures de collaboration. Mais la collaboration n’est pas tant une question de structure (lire ici recette, technique ou stratégie) qu’une question de mindset. Qu’une école adopte le mode de fonctionnement CAP, CoP, équipes de collaboration, équipes de mentorat, visites en salle de classe (Lesson Study) ou même une structure plus informelle comme la charte de l’ananas et j’en passe, l’amélioration continue, c’est d’abord une disposition. Je vous partage humblement quelques idées clés qui peuvent transformer positivement comment vous vivez la collaboration dans votre école, peu importe le mode de fonctionnement. On part ici du principe que vous ne pouvez pas contrôler comment les gens se présentent autour de la table, mais vous pouvez toujours choisir comment vous vous y présentez.

  1. Je veux m’améliorer : En éducation, nous oeuvrons tous dans un contexte d’amélioration continue. Je n’ai jamais vu une école ou un CS/CSS avoir un plan de maintien. Non. Tout le monde a un plan qui vise l’amélioration continue. Et je ne peux pas m’imaginer comment on peut espérer améliorer l’éducation sans un ardent désir d’amélioration continue de la part de tous les acteurs. Pour reprendre les mots de Dylan Wiliam : « Si nous créons une culture dans laquelle chaque enseignant (leader) croit qu’il doit s’améliorer, non pas parce qu’il n’est pas assez bon mais parce qu’il peut être encore meilleur, il n’y a pas de limite à ce que nous pouvons accomplir.» Je suis d’accord mais j’inclus tout le monde. Pas seulement les enseignants. Le système, c’est du monde. Si on veut améliorer le système… on commence par soi.
  2. Je veux contribuer : Les structures de collaboration nous permettent d’apprendre de nos collègues mais nous avons également la responsabilité de partager notre savoir expérientiel, de partager les lectures professionnelles qui nous alimentent, etc. On donne ET on reçoit. J’étais chef du secteur de Français au secondaire quand j’ai entendu Richard Dufour, le père de la CAP, prononcer ces mots : «Si tu es le meilleur prof de ton école et que tu ne contribues pas activement à la communauté d’apprentissage professionnelle, tu nuis à ton école.» Outch! Ça m’avait ébranlé. Mais j’ai compris à ce moment-là que l’éducation était un sport d’équipe. Une seule personne ne peut pas atteindre les objectifs communs de l’école. Il faut le faire ensemble. C’est là qu’on passe du «Moi» à «Nous», de «Mes» élèves à «Nos» élèves. C’est big, ça.
  3. Je veux savoir si nous progressons : Vous avez remarqué? J’ai dit «nous». Les structures de collaboration constituent un investissement majeur (temps, argent et ressources humaines) dont le but est l’amélioration de notre pratique et, au final, l’atteinte de nos objectifs communs. Il importe donc de vérifier si nos pratiques nous permettent de progresser en tant qu’équipe et si nos pratiques ont un impact positif sur l’apprentissage des élèves. Pour gagner la partie, une équipe a besoin de regarder le tableau de pointage une fois de temps en temps. Michal Fullan appellerait peut-être ça la reddition de compte à l’interne. Et lorsqu’on regarde la gestion sanitaire, n’est-ce pas ce qu’on fait en tant que société présentement? (Nous avons tous une opinion sur les stratégies utilisées mais un principe demeure : on s’intéresse aux données pour évaluer ce qui fonctionne ou non.)
  4. Je suis coachable : Être coachable, c’est être Curieux – Ouvert – Ambitieux – Confiant – Humble – Apprenant – Bienveillant – Leader – Empathique. Toutes les personnes dans votre école ont quelque chose à offrir à l’équipe et quelque chose à apprendre de l’équipe. On peut vouloir un bon coach, c’est sûr, mais il faut être coachable aussi.

Imaginez ce qui se passerait dans votre école si toutes les personnes se présentaient autour de la table avec cette disposition. Ce serait un excellent début, mais ce n’est pas tout.

On brasse les idées, pas les personnes!

Que chaque personne se présente autour de la table avec un tel mindset serait un excellent point de départ. Or il faut pouvoir dialoguer et partager nos idées. Collaborer, ça ne veut pas dire être d’accord avec tout le monde, tout le temps. Comment peut-on espérer avancer ensemble si on ne se donne pas la permission de s’exprimer librement. Les équipes efficaces comprennent l’importance de brasser des idées ensemble. Pour brasser des idées, tous les membres de l’équipe doivent être prêts à mettre leurs idées sur la table. Dans mon vécu, lorsqu’on arrive à faire ça, des idées bien ordinaires peuvent devenir extraordinaires grâce à nos collègues. Quand les membres de l’équipe comprennent qu’on brasse des idées, pas des personnes, une sorte de climat de confiance s’installe, un momentum se crée. Quand on y pense, nos collègues nous partagent toujours leurs meilleures idées. Accueillons-les avec intérêt, empathie et curiosité. Nous faisons alors attention à nos relations, mais on avance ensemble dans le meilleur intérêt de nos élèves. C’est le signe qu’un leadership partagé s’installe graduellement.

Leadership = prise de décision responsabilité

Parfois, certains réduisent le leadership partagé au partage du pouvoir décisionnel. C’est bien, mais c’est à mon humble avis incomplet. Le leadership, c’est d’abord une responsabilité. Dans le contexte de la collaboration, le leadership partagé porte fruit lorsque tous les membres de l’équipe contribuent activement à l’amélioration de l’équipe et surtout lorsque tous les membres de l’équipe acceptent la responsabilité de leurs actions et des résultats de l’équipe. C’est donc dire que la personne qui est responsable d’animer les rencontres d’équipe, quelle que soit sa fonction, ne peut pas porter à elle seule la réussite de l’équipe. Cette dernière phrase mérite d’être relue, en équipe. D’où l’importance du mindset de chacun. Ceci permet, entre autre, qu’à la fin de chaque rencontre, tous les membres de l’équipe aient choisi des prochaines étapes claires.

Que ce soit pour planifier les activités de fin d’année et pour planifier la rentrée scolaire, je vous souhaite de poursuivre votre élan de collaboration. Je vous souhaite surtout que la collaboration soit au service de relations saines avec vos collègues et au service d’une éducation toujours meilleure pour nos élèves. Rappelez-vous, l’objectif des structures de collaboration, ce n’est pas de «faire des CAP» (choisissez votre mode de fonctionnement) ou d’entrer dans le moule. Non. L’idée, c’est de regarder les principes du mode de fonctionnement choisi et de se demander comment ces principes peuvent servir à propulser le potentiel humain présent dans votre équipe.

Bon succès dans vos prochaines rencontres!

Merci de vos commentaires 🙂

3 occasions de leadership à saisir ou à créer pour garder le cap d’ici juin et pour prendre des décisions éclairées pour la rentrée

Comment ça va? Dans quelques jours, ça fera un an que nous vivons dans une nouvelle réalité. Et tout semble indiquer que cette nouvelle réalité sera encore bien présente pendant un certain temps encore. On le sent et ça a présentement un effet sur le moral de plusieurs personnes que je côtoie.  Alors vous? Comment ça va dans votre coin? Une qualité essentielle en tant que leader, c’est d’être proactif et d’anticiper. Ça a été difficile, ça, dans la dernière année. On le voit, ça a changé beaucoup. C’est un signe que nous étions très près des arbres. Mais après un premier tour de piste dans ce contexte, il y a des choses que nous sommes en mesure de mieux anticiper. On peut très bien s’imaginer à quoi pourrait ressembler la rentrée scolaire 2021-2022. Vous allez me dire : «Marius, je veux juste me rendre au mois de juin. Parle-moi pas de la rentrée.» Je vous comprends. Ce que je veux dire c’est que le retour à la normale ne point pas tellement à l’horizon. Mais dans les 2 ou 3 prochains mois, nous aurons à planifier le placement du personnel, les horaires et possiblement les structures dans lesquelles nous allons évoluer l’an prochain. C’est la réalité. Ça fait partie de ce qui nous mènera à juin 2021. En leadership, comme dans la vie en général, ce sont les petites choses qui font toute la différence. Voici 3 occasions de leadership toutes simples à saisir ou à créer dans les prochaines semaines pour garder le cap d’ici juin et pour prendre des décisions éclairées pour la rentrée.

1. Encourager

Comment on fait pour savoir si quelqu’un a besoin d’encouragement? Chez escouadeÉDU, nous disons souvent à la blague qu’il n’y a qu’un critère pour savoir si une personne a besoin d’encouragement : elle respire. Si la personne respire, elle a besoin d’encouragement. Peu importe l’âge, la taille, le poste, l’expression faciale… Tout le monde a besoin d’encouragement. Dans les prochaines semaines, si vous aviez à encourager vos élèves, vos collègues ou votre personnel afin de leur rappeler qu’ils sont importants, qu’ils font une différence et qu’ils sont appréciés…

  • Que diriez-vous?
  • À qui le diriez-vous?
  • Comment le feriez-vous?
  • Quel moment ou quel contexte serait le mieux choisi?
  • Quel impact positif cela pourrait-il avoir?

Dans nos efforts de continuer à avancer dans cette année scolaire différente, n’oublions pas de nous encourager entre nous. Il reste 4 mois, les amis. On ne lâche pas 🙂

2. Donner Demander de la rétroaction

Tout le monde reconnaît l’importance de la rétroaction en éducation. Dans mon vécu, je reconnais également que nous recevons rarement de la rétroaction en tant que professionnel. Pensez-y. Et si nous demandions une rétroaction des personnes dont nous sommes responsables? Après tout, nous sommes tous en apprentissage. Il importe ici de bien cerner si le potentiel de recevoir une rétroaction constructive est là. Tout passe par la relation de confiance que vous avez avec les personnes concernées. Il importe aussi de spécifier ce sur quoi nous souhaitons recevoir une rétroaction. Par exemple, je me vois très bien dire aux personnes dont je suis responsable que j’essaie d’être intentionnel dans les aspects suivants de ma pratique et que j’aimerais une rétroaction au sujet de ce qui les aide et ce que je pourrais faire autrement. Par exemple :

Bienveillance

    1. Voici comment j’essaie de faire preuve de bienveillance présentement…
    2. Qu’est-ce qui fonctionne bien?
    3. Qu’est-ce qui m’échappe? Qu’est-ce qui pourrait aider? (dans ce qui est possible)

Communication

    1. Voici ce que je fais présentement pour tenter de communiquer efficacement…
    2. Qu’est-ce qui fonctionne bien présentement dans ma façon de communiquer avec vous? (Contenu, Clarté, Fréquence, Format…)
    3. Qu’est-ce qui pourrait être amélioré? (Contenu, Clarté, Fréquence, format…)

Pédagogie / Animation

    1. Voici mes principales stratégies pédagogiques ou d’animation de rencontres présentement…
    2. Qu’est-ce qui répond le mieux à vos besoins?
    3. Qu’est-ce qui pourrait être amélioré?

Ce ne sont que quelques exemples. Chose certaine, si vous demandez de la rétroaction, vous allez en recevoir. L’idée, c’est d’ouvrir la conversation et de se rappeler que nous sommes tous en apprentissage là-dedans, même si nous n’avons pas tous les mêmes responsabilités dans le système.

« Ce que nous faisons présentement en éducation n’est rien de moins qu’extraordinaire. Il faut le reconnaître. Quand on pense à la rentrée 2021-2022, il faut aussi reconnaître que nous pouvons améliorer certaines choses. » – @bourmu

3. Consulter les experts

Nous avons appris beaucoup de choses en tant que système dans la dernière année. Une d’entre elles, c’est que personne n’était expert de l’éducation en contexte de pandémie quand tout ça a commencé. Mais après presqu’un an, il y a en de l’expertise dans le terrain. Dans sa conférence cette semaine, j’ai appris grâce à ce tweet de Audrey Miller que John Hattie disait ceci au sujet de l’expertise dans les écoles.

 

C’est important de parler de ce que nous avons appris dans la dernière année et de reconnaître l’expertise. Mon point de vue, c’est que les personnes qui détiennent la meilleure information pour nous aider à déterminer nos meilleures prochaines étapes dans le présent contexte, ce sont les enseignants et les élèves. Je vous invite à écouter le plus récent épisode de Tout le monde est un leader où Matthieu Leroux nous partage son expérience de cette année en tant qu’enseignant dans une école virtuelle. Ce n’est pas parce que tout le monde a des outils technologiques et qu’on a accès à l’école (en personne et/ou en ligne) que tout est rose. Ce que nous faisons présentement en éducation n’est rien de moins qu’extraordinaire. Il faut le reconnaître. Quand on pense à la rentrée 2021-2022, il faut aussi reconnaître que nous pouvons améliorer certaines choses. 

Voici 10 questions qui méritent d’être posées aux experts de l’éducation en contexte de pandémie, soit les enseignants et les élèves.

Bon succès et merci de vos commentaires

 

 

 

 

Êtes-vous prêt à prendre des risques?

J’étais en train de faire cuire des ailes de poulet, en préparation pour le Super Bowl. Je réfléchissais à tout ce que ça prend pour gagner un match de football. Ça m’a amené à penser à la prise de risque. Il y a toujours un moment dans un Super Bowl où une équipe prend un risque. Un blitz au bon moment. Y aller pour un premier jeu au 4e essai. Un jeu imprévu des unités spéciales… On prend des risques pour gagner. Quel est le lien avec l’éducation? En éducation, je pense que c’est différent, la prise de risque. C’est personnel. C’est affectif. Ce qui semble risqué pour une personne peu paraître anodin pour une autre. Mais ce qui est sans équivoque, c’est qu’on vise l’apprentissage. Et pour y arriver, il faut parfois faire des choses qui nous paraissent risquées. Je vous en partage quatre qui m’ont aidé à cheminer dans ma carrière. Je vous les partage en toute humilité en espérant qu’ils seront utiles pour vous.

1. Passer de «Je sais.» à «Tu peux m’en apprendre.»

Quand j’ai commencé à enseigner, je voulais démontrer ma compétence devant mes élèves. C’était important pour moi de leur donner les «bonnes réponses». Au fil du temps, je me suis rendu compte que la profession enseignante me donnait de multiples occasions au quotidien pour démontrer ma compétence (ou mon incompétence dans certains cas). Après tout, je suis un enseignant. Au fil du temps, je me suis mis à voir les choses différemment. Mon travail, c’est de montrer aux élèves qu’ils sont capables d’apprendre et que je peux aussi apprendre d’eux. Les élèves ne sont pas des vases vides à remplir. Quand on y pense, tous les élèves dans nos classes savent des choses qu’on ne sait pas. À ça n’enlève rien à la qualité de l’enseignant (ou direction) que nous sommes. C’est normal de ne pas tout savoir. Surtout présentement. Pourtant, à un moment donné dans ma carrière, j’aurais trouvé risqué d’avouer à mes élèves qu’ils pouvaient aussi m’enseigner des choses. Imaginez le poids que ça nous enlève des épaules quand on n’a pas besoin de tout savoir. Le contexte actuel nous a permis de vivre ça. C’est normal parfois de ne pas savoir. Et imaginez la culture d’apprentissage qui peut en découler en salle de classe (ou dans son école) lorsqu’on se positionne en tant que lead apprenant. Parce que l’apprentissage le plus important, c’est d’apprendre à connaître nos élèves (notre personnel). Après tout, on enseigne quelque chose à quelqu’un. Le quelqu’un, c’est le morceau important.

Prise de risque 1 : Êtes-vous ouvert à l’idée de vous positionner en tant que lead apprenant dans votre classe ou votre école?

« Les élèves ne sont pas des vases vides à remplir. Quand on y pense, tous les élèves dans nos classes savent des choses qu’on ne sait pas. » – Marius Bourgeoys

2. Passer de «Écoute-moi quand je te parle.» à «Parle-moi de toi, ça m’intéresse.»

Il fut un temps où je croyais que mon rôle était de garder le contrôle dans ma salle de classe. La tâche de mes élèves était très simple : il n’avaient qu’à obéir (lire : m’obéir) et à faire le travail. Pour m’appuyer dans ma quête de contrôle (ça fait drôle d’écrire ça comme ça, mais c’était ma réalité) je me tenais très près du code de vie. J’en parle en détail dans «J’ai un beau groupe c’t’année!». Il n’y a rien de mal avec l’obéissance, mais je crois que c’est le plancher, pas le plafond. Le résultat : j’obtenais le minimum d’effort de la part de mes élèves et je les sentais… distants. J’aurais fait pareil, à leur place. À un moment donné, je l’ai perdu, le contrôle. Ça ne fonctionnait plus en classe. Je ne le savais pas, mais c’était moi qui avait créé ça. Un collègue m’a dit plus tard : «Si ton groupe d’élèves ne se comporte pas bien à la rentrée, ce n’est pas de ta faute. Si tes élèves ne se comportent toujours pas bien en novembre, c’est toi qui a créé ça. » Outch! Il avait raison. Pour remédier à la situation, j’ai dû me rapprocher de mes élèves. Un non-sens pour moi à ce moment-là. Je me suis intéressé sincèrement à eux. Ils sont devenus plus importants que le programme, pour vrai. C’est le risque qui a été le plus payant pour moi puisque je suis encore en éducation grâce à cela. Mais c’est aussi ce qui m’a permis d’aller tellement plus loin dans le programme. Dans le contexte actuel, je pense que c’est normal de se sentir moins près de ses élèves dans certains cas. Si vous vivez des difficultés, que la connexion wifi est bonne mais que la connexion avec les élèves l’est moins, sachez qu’il n’y a rien de mal avec vous. Mais il n’y a rien de mal avec vos élèves non-plus. Et la balle est dans votre camp. Ensemble, on va plus loin.

Prise de risque 2 : Êtes-vous prêt à vous rapprocher de vos élèves (ou de votre personnel) et à vous intéresser sincèrement à qui ils sont?

« Si ton groupe d’élèves ne se comporte pas bien à la rentrée, ce n’est pas de ta faute. Si tes élèves ne se comportent toujours pas bien en novembre, c’est toi qui a créé ça. » – Un collègue

3. Passer de «Je suis devant la classe.» à «Tu es au centre de ton apprentissage»

À mes débuts, tout ce qui se passait en classe devait passer par moi. Si je n’étais pas devant la classe en train d’expliquer, de donner des directives ou des bonnes réponses, les élèves étaient passifs ou en attente. Mes élèves étaient des spectateurs. C’était mon show. Plus le contenu était important, plus c’était primordial que mes élèves écoutent Monsieur Bourgeoys bien attentivement pendant que je leur donnais l’information dont ils avaient besoin pour réussir. Au fil du temps, j’ai appris à mobiliser mes élèves et à les outiller afin qu’ils deviennent des joueurs actifs dans leur apprentissage. Ça, ça veut dire que je devais leur enseigner des stratégies et des processus en classe afin qu’ils puissent être autonomes dans les différents environnements d’apprentissage que je leur proposais. C’était tellement plus intéressant pour eux et pour moi. Parce que je n’étais plus devant la classe! Et eux, ils devaient prendre des décisions, faire des choix et s’ajuster. C’est fou ce qu’on peut voir et entendre lorsqu’on n’est plus devant la classe et qu’on n’est pas toujours en train d’essayer de formuler clairement (dans notre tête) notre prochaine explication. Difficile de faire de la triangulation lorsqu’on est toujours devant la classe, en passant. Et c’est incroyable ce que les élèves peuvent apprendre lorsqu’ils sont actifs sur le plan cognitif. En plus, ça me permettait de jouer différents rôles, comme d’accompagner, de guider, de coacher, de questionner, d’assurer la qualité… Être devant la classe tout le temps, ça demande de l’énergie. Apprendre, ça demande d’être impliqué. Présentement, ça peut sembler risqué de lâcher prise et de permettre à ses élèves (ou à son personnel) de devenir des joueurs actifs dans leur apprentissage. Dans le contexte actuel, c’est facile d’oublier d’impliquer les élèves. Mais on va tellement plus loin quand on vise l’autonomie plutôt que l’obéissance.

Prise de risque 3 : Êtes-vous prêt à placer vos élèves (ou votre personnel) au centre de leur apprentissage?

« Difficile de faire de la triangulation lorsqu’on est toujours devant la classe. » – Marius Bourgeoys

4. Passer de «J’enseigne tout.» à «J’enseigne ce qui est essentiel.»

C’est certain que les trois premiers risques, prennent du temps. C’est un investissement important. Mais c’est ça l’éducation. Autrement, on parle tout seul et les élèves finissent par venir à l’école pour regarder les adultes travailler. Il faut donc cibler ce qui compte. En leadership, on parle souvent de l’importance d’établir les priorités. Parce qu’on ne peut pas tout faire. Il faut choisir. Dans une formation portant sur les apprentissages essentiels, un enseignant m’a déjà dit : « Ben, Marius, si on enseigne seulement les apprentissages essentiels, je n’ai pas assez de ‘stuck’ à leur donner jusqu’à la fin de l’année. » J’ai trouvé ça fantastique. Ça veut dire qu’on a le temps de prendre le temps. On a le temps de donner à nos élèves le temps dont ils ont besoin pour apprendre. Il y a aussi le risque des évaluations systémiques. On se dit : « Mais que se passera-t-il à l’examen si je n’ai pas enseigné tel concept?. » Moi, je me demande : « Que se passe-t-il en ce moment? Et que se passera-t-il si je réussis à tout couvrir mais que les élèves me regardent travailler? » Mais le risque des évaluations ministérielles n’est pas là cette année.

Prise de risque 4 : Êtes-vous prêt à cibler ce qui est essentiel afin de pouvoir prendre le temps et donner le temps?

À bien y penser, je me rends compte que j’aime bien prendre des risques parce que ça m’a toujours permis de grandir et d’avoir un meilleur impact. Tout ça, parce que j’ai écouté des collègues et je me suis fait confiance. Ça m’a aussi permis de me planter solidement à quelques reprises 🙂 Mais comme dirait John Maxwell : «Parfois on réussit. Parfois on apprend.» C’est ça, la game de l’apprentissage.

En éducation, la peur nous prive du progrès beaucoup plus que nos échecs.

C’est normal d’avoir peur de prendre des risques. Mais je pense qu’il ne faut pas laisser la peur nous empêcher de progresser.

Nous en sommes à la mi-temps et il est encore temps d’apporter des ajustements.

Êtes-vous prêt à prendre des risques?

Bon Super Bowl et bonne deuxième moitié d’année scolaire 🙂

Merci de vos commentaires

« Personne ne pourra nous arrêter. »

J’ai mis du temps à finalement écrire ce billet, mais voilà, j’y suis. Pendant la période des Fêtes, j’ai beaucoup réfléchi à mon année 2020. J’ai réfléchi à NOTRE année 2020 en tant que société. Et, bien évidemment, j’ai réfléchi à l’année qui a placé le monde de l’éducation sur une trajectoire de transformation et d’innovation. On n’a pas vraiment eu le choix en 2020. L’année du «Ça va bien aller.» est derrière nous et au fil de mes réflexions, je me suis demandé quelle serait la phrase de 2021. Je suis tombé sur une chanson qu’on associe habituellement à la construction identitaire chez les francophones. Mais en écoutant les paroles attentivement, je me suis rendu compte que cette chanson pouvait aussi interpeler les gens qui s’essaient en éducation. Ceux et celles qui sont en train de transformer l’éducation en ce moment (Ça, c’est pas mal de monde). C’est à eux que je m’adresse ici.

Et si…

Parfois, quand on tente de faire les choses autrement, on dérange et on s’attire des regards, des commentaires… J’apprécie la citation (ferait un beau t-shirt) dans le visuel de Stéphanie Lemieux : « Ceux qui croient que c’est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient!» Ça use parfois. Parfois ça blesse aussi. Vous me suivez? C’est à vous que je m’adresse. Ce que vous faites est important. L’enseignement est déjà assez complexe comme ça. Personnellement, je n’ai pas besoin que mes collègues m’abaissent ou me disent que c’est impossible. Et si la phrase de 2021 était Personne ne pourra m’arrêter ? Ça fait un long mot-clic mais bon. #PersonneNePourraMarrêter, c’est pas si pire 😉 Je vous invite donc à lire attentivement les paroles de la chanson et à faire des liens avec votre vécu des dernières années. Vous qui tentez de créer l’école d’aujourd’hui.

Personne ne pourra m’arrêter (Mélissa Ouimet)

On me dira non
Ce sera comme hier et comme demain peut-être
Toujours des raisons
Et des commentaires sur c’que je devrais être

Je me fous des barrières
Je vais gagner à ma manière
J’allumerai en moi
Ce qui survivra, au-delà des combats

Personne ne pourra m’arrêter
C’est plus fort que moi
Tu perds ton temps à essayer
De me briser la voix

Ça déraille, une bataille
Mais je reviens toujours à bon port
Qu’on y croit, qu’on aime ou pas
Je reste et chante encore

On me mentira
Les promesses en l’air ne voleront pas plus loin
Et combien de fois
On me guidera sur les mauvais chemins

Qu’importe la distance
Je ne donnerai jamais ma chance
Je trouverai la lumière
Au cœur de la guerre, je ne pourrai me taire

Personne ne pourra m’arrêter
C’est plus fort que moi
Tu perds ton temps à essayer
De me briser la voix

Ça déraille, une bataille
Mais je reviens toujours à bon port
Qu’on y croit, qu’on aime ou pas

Personne ne m’arrêtera
Tant que la soif y sera
J’irai encore plus loin qu’hier
Et quand ça tremble dans mon corps
Quand le courage s’évapore
Je m’accroche et laisse le temps tout refaire
Personne ne pourra m’arrêter, non

Personne ne pourra m’arrêter
C’est plus fort que moi
Tu perds ton temps à essayer
De me briser la voix
Qu’on y croit, qu’on aime ou pas

Personne ne pourra m’arrêter
C’est plus fort que moi
Tu perds ton temps à essayer
De me briser la voix

Ça déraille, une bataille
Mais je reviens toujours à bon port
Qu’on y croit, qu’on aime ou pas
Je reste et chante encore

Source : Musixmatch – Paroliers : Amelie Larocque / Luc Tellier / Ouimet Melissa / David Guertin Chauvette

Vidéo

Je vous invite maintenant à regarder la vidéo. Vous découvrirez du même coup des artistes francophones très talentueux 🙂

 

De moi à NOUS, pour NOS élèves

Si vous me connaissez, vous aurez deviné que mon intention n’est pas de polariser ou de diviser. Nous qui essayons de créer l’école d’aujourd’hui vs eux qui défendent l’école d’hier. Non. Je crois qu’une des responsabilités les plus importantes en éducation, c’est de faire preuve d’empathie et de toujours essayer de faire une place aux collègues autour de soi et d’écouter leur point de vue. Tout le monde fait de son mieux. Tout le monde a quelque chose à contribuer. Tout le monde est un leader 😉 Je tenais à le préciser. Quand on y pense, nous essayons tous d’agir dans le meilleur intérêt des élèves qui nous sont confiés. C’est ce qui nous unit. Il ne faut pas oublier ce bout-là. Les élèves. Et ce qui servirait encore mieux NOS élèves, ce serait #PersonneNePourraNousArrêter. Nous. Parce que l’éducation est un sport d’équipe. Entourons-nous de gens qui parlent d’idées et de possibilités, pas de personnes. Et si en cours de route on nous critique parce que nous tentons de faire les choses autrement, comme le disait si bien Hector Berlioz : «Collectionnez les pierres qu’on vous jette. C’est le début d’un piédestal.» Et gardons le sourire et une bonne attitude. Le changement en éducation, c’est une occasion d’accomplir ENSEMBLE des choses extraordinaires. Ensemble. Parce qu’on a besoin de tout notre monde pour transformer l’éducation.

Ok, go les amis! La game est loin d’être terminée.

Bonne année 2021

#PersonneNePourraNousArrêter

On fait quoi avec le prochain bulletin?

On travaille fort en éducation. C’est connu. Mais je pense qu’on n’a jamais travaillé aussi fort que cette année. Le bulletin de janvier arrive bientôt. On pourrait penser que c’est un bulletin comme les autres. Mais il faut être prudent je pense. Voici pourquoi.

Une année de progrès

En regardant le chemin parcouru cette année, il est raisonnable d’affirmer que tous les acteurs en éducation ont été sortis de leur zone de confort. Pas par choix mais c’est du jamais vu. Tout le monde était déstabilisé en même temps. Pensez-y. Or il n’y a jamais eu autant de progrès que cette année dans le monde de l’éducation. On n’a qu’à penser à tout ce qui a été accompli sur le plan du numérique. Certains disent qu’on a fait en quelques mois dix ans de progrès au niveau de l’intégration du numérique. On a quand même réussi à basculer au numérique en 24 heures dans plusieurs milieux. Ce n’est pas rien quand on pense à tout ce que ça implique aussi de notre part pour que les familles y aient accès. D’autres affirment que la collaboration entre collègues n’a jamais été aussi présente. Il n’y a pas de manuel pour gérer une pandémie. C’est une bonne chose : il a fallu se parler et réfléchir ensemble. Tous les efforts déployés nous permettent d’être là où nous en sommes présentement. C’est extraordinaire. Avez-vous pris le temps de célébrer le chemin parcouru avec votre équipe, vos collègues, vos élèves, votre communauté scolaire?

La gestion sanitaire change la réalité

Enseigner est une tâche complexe qui exige certaines aptitudes de gestion. Habituellement, on parle de trois piliers en particulier.

La gestion du programme | La gestion de classe | La gestion des apprentissages

C’est ça la job, comme on dit. Dans le contexte actuel, on y ajoute la gestion sanitaire. Un quatrième pilier. Qu’on gère tous pour la première fois. Autre détail. Les directives changent fréquemment.

Voici quelques réalités qui en découlent :

  • Plusieurs n’ont pas réellement eu de vacances cet été parce qu’ils devaient préparer DES scénarios pour la rentrée.
  • Plusieurs ont passé l’été anxieux de vivre une rentrée scolaire différente. L’inconnu fait peur.
  • Le premier mois, nous apprenons tous à gérer le quatrième pilier : la gestion sanitaire.
  • Le premier mois, on gère aussi le programme, la classe et les apprentissages. Tsé. La job.
  • Dans tous les milieux, on accueille les élèves et on essaie de créer un sentiment d’appartenance et une proximité avec les élèves, parce qu’on sait que tout passe par les relations. Mais tout le monde est à 2 mètres.
  • Chez les plus jeunes, on tente aussi de donner un sens à toutes les procédures. Je ne dis pas NOUVELLES procédures. Pensez aux élèves qui ont commencé leur parcours scolaire cette année.
  • Dans certains milieux, les élèves passent beaucoup de temps au même endroit, avec les mêmes personnes. Jour après jour. On découvre le concept des bulles.
  • Dans certains milieux, tout le monde porte un masque et même une visière (adultes).
  • Dans certains milieux, on voit nos élèves 1 jour sur 2 en personne.
  • Dans certains milieux, on voit nos élèves à distance seulement.
  • Dans certains milieux, les profs enseignent à des élèves en personne et à distance en même temps. Vous avez bien lu.
  • Plus on avance, plus on a l’impression d’avoir pris du retard. Le programme…
  • Dans plusieurs milieux, les élèves produisent des travaux et sont évalués à un rythme inhabituel. Il n’est pas rare que les élèves passent 2, 3 et même 4 évaluations le même jour. Les élèves ont-ils réellement le temps d’apprendre présentement? La question se pose. Mais il faut que ça avance…
  • Plus on avance, plus on revient à l’apprentissage et plus on se pose des questions sur l’évaluation. Notre intuition nous parle. Va-t-on l’écouter un jour?
  • Plusieurs parents, eux, se demandent comment appuyer l’école et leur enfant dans ce nouveau contexte.

Quand je relis ces 15 énoncés, je me pose cette question : Quelles pourraient être des attentes raisonnables face aux écoles et aux élèves dans un tel contexte? Si on revenait au mois d’août 2020 et qu’on se posait la question. En autres mots, les résultats actuels (notes, échecs, taux d’assiduité, climat scolaire, santé mentale….) sont-ils inférieurs, égaux ou supérieurs à nos attentes compte tenu du contexte? Nous y reviendrons. Parce que l’année n’est pas terminée. Chose certaine, la gestion sanitaire change la réalité.

Repenser le design

Dans la dernière session de coaching LI-VE, je présentais cette vidéo. Voici trois questions à se poser pendant le visionnement.

  • Comment cette vidéo raconte-t-elle l’histoire des 4 premiers mois de l’année scolaire 2020-2021?
  • Les adultes dans la vidéo représentent qui en éducation?
  • Voyez-vous les élèves?

 

Dans nos écoles, on n’échappe pas du chocolat, on échappe des personnes. Compte tenu des résultats actuels, certains diraient qu’il faut ajouter du personnel autour du convoyeur. C’est une approche. Et si on repensait le design? La pandémie n’a pas changé notre pourquoi. Elle est en train de nous amener à repenser nos comment. Si on n’aime pas les résultats qu’on obtient présentement, on ne changera pas notre pourquoi, on va repenser le design. Qu’est-ce que ça pourrait impliquer dans votre milieu?

Une nouvelle trajectoire

Nous avons emprunté une nouvelle trajectoire l’an passé. Rappelez-vous que les épreuves ministérielles et les examens de fin d’année ont été annulés rapidement. De plus, il a été convenu que les notes des élèves ne pouvaient qu’augmenter. Ça voulait dire qu’on ne ferait pas appel aux stratégies habituelles pour gérer l’engagement (ou le désengagement) des élèves. On a reconnu que la pandémie était une situation exceptionnelle qui ne nous permettrait pas de dispenser une enseignement optimal et qui ne permettrait pas aux élèves de démontrer leur plein potentiel. Il a donc été décidé que cette situation n’allait pas nuire au rendement scolaire de la majorité des élèves.

Cette année, dans certains milieux, il a été convenu qu’il n’y aurait pas d’examens de fin de semestre ou de quadrimestre. Dans d’autres milieux, le premier bulletin a été annulé ou renommé. On se donne le temps d’apprendre. Est-ce que notre design pédagogique permet aux élèves d’apprendre? La cohérence se crée entre les évaluations.

Le prochain bulletin, c’est NOTRE bulletin!

Le bulletin scolaire est un exercice de communication formel entre l’école et la famille (élèves inclus). Le rendement des élèves est le fruit de leurs efforts mais aussi de nos stratégies pédagogiques, du regard qu’on porte sur eux, du climat de classe qu’on réussit à créer. Le bulletin de janvier approche et dans plusieurs milieux, les résultats seront bien différents des années précédentes. Plus d’élèves seront en échec. Certains élèves seront en échec pour une première fois. Certains élèves auront 72% plutôt que leur habituel 85%. Ce sera un bulletin de premières pour plusieurs, pour plusieurs raisons. Chose certaine, les élèves ne sont pas devenus moins intelligents à cause de la pandémie. Le prochain bulletin, c’est notre bulletin. Ce n’est pas le bulletin des élèves. En leadership, c’est ce qu’on fait. Quand ça va mal, on en prend la responsabilité.

Définir la réalité

J’invite donc le système à la prudence. Le système, c’est du monde. Quand on tient compte du contexte actuel et quand on pense à tous les efforts qui ont été déployés, je pense qu’il est important de réfléchir au sens que nous voulons donner aux données et à ce que nous voulons communiquer aux élèves, aux familles et au personnel scolaire en lien avec le bulletin de janvier. Que dit-on aux élèves qui sont en échec ou dont le progrès ou le rendement est inhabituel? Vous êtes moins intelligents que l’an passé? Et au personnel? Vous n’en faites pas assez? La réalité, c’est que c’est plus difficile d’enseigner et d’apprendre ce qui est au programme dans le contexte actuel. Pourtant, il y a eu beaucoup d’apprentissage. Peut-être le système a-t-il appris autant si pas plus que les élèves jusqu’à présent? Or le bulletin est-il conçu pour mesurer ce qui a réellement été appris cette année? Ce n’est pas parce qu’on ne mesure pas que les élèves n’ont pas appris. Et les élèves n’apprennent pas seulement ce qu’on choisit de mesurer. On mesure quoi pendant une pandémie?

La place de la pondération

Dans certains milieux, il y a une certaine pondération des bulletins. On peut comprendre que la pondération d’un bulletin signifie que ça compte. Ça veut dire «Fournis un effort sérieux, le jeune.» J’aborde la question dans «Ça compte-tu?» Dans un sens, ça peut servir de motivation extrinsèque pour les élèves. Mais ça vient avec un risque. Concrètement, cette année en particulier, quels élèves peuvent profiter d’un bulletin de janvier qui vient avec un poids de 50%, par exemple? Ceux qui réussissent déjà bien. Pour les autres, bonne chance. Ce qui pouvait servir de motivation extrinsèque avant le bulletin a l’effet contraire après le bulletin.

Que visons-nous?

Le mode réaction est derrière nous. Ce qui était inconnu est devenu notre quotidien. Nous avons donc l’occasion de réfléchir à ce que nous visons en éducation. Voulons-nous classer ou développer les élèves? Certains bulletins sont conçus pour classer les élèves. La preuve, on considère qu’un élève qui obtient 74% est meilleur qu’un élève qui obtient 72%. Si la note de passage est de 60%, ça veut dire qu’il y a 41 façons différentes de décrire la réussite et 60 façons différentes de décrire l’échec. Pensez-y. Dans un contexte de quantité de bonnes réponses, ça peut marcher. Mais je n’ai jamais rencontré personne qui était capable de m’expliquer la différence entre les élèves (74 vs 72).

Changer la game

Dans un contexte de qualité, de développement ou de compétence, c’est différent. Je suis golfeur et parfois je joue 72, d’autres fois je joue 74. Mon niveau de compétence ne varie pas tant que ça. Ma performance oui. Pour changer la game, il faut changer les lunettes avec lesquelles on regarde la game. Les élèves se comparent à eux-mêmes, pas aux autres élèves. Progrès. C’est ici que le leadership et le coaching entrent en jeu. Si on veut vraiment viser le développement des élèves, il faut être cohérent. On ne peut pas enseigner la mentalité de croissance, parler de l’évaluation au service de l’apprentissage et qu’un rythme d’apprentissage lent au départ pénalise l’élève jusqu’à la fin. Bref, il va sans dire que les outils de communication et d’évaluation systémiques doivent refléter la game que nous jouons.

Il faut faire confiance aux enseignants.

Même si dans certains milieux les résultats seront différents des années passées, ça démontre à quel point on peut et on doit faire confiance au jugement professionnel des enseignants. Pensez-y. Malgré la pandémie, ils préparent les cours à partir du programme même s’il y a moins de temps cette année. Ils conçoivent la démarche pédagogique et les instruments d’évaluation du rendement. Et ils utilisent leur jugement professionnel pour déterminer la qualité du rendement des élèves. Pandémie ou non, la qualité c’est la qualité. Bref, les enseignants sont rigoureux et ils n’évaluent pas le rendement des élèves à la hausse. Or ils veulent agir sur l’apprentissage des élèves. Et si nous leur donnions d’autres moyens pour y arriver?

Contexte différent, bulletins différents

Les bulletins scolaires ne sont pas tous conçus de la même façon dans tous les milieux. Certains permettent des commentaires personnalisés. Certains ne présentent que des notes ou des cotes. Peu importe. Je crois que nous avons une occasion cette année de différencier comment nous gérons la pondération du bulletin, le cas échéant. Nous avons aussi l’occasion d’ajouter des commentaires et des messages personnalisés au bulletin ou dans l’enveloppe du bulletin afin de contextualiser pour les élèves et pour les parents les données exceptionnelles qui seront générées prochainement. En voici quelques exemples :

« Madame, Monsieur, depuis le début de cette année scolaire bien différente, le personnel de notre école travaille d’arrache-pied afin de créer un environnement sécuritaire et bienveillant pour votre enfant. Cela s’est traduit par des changements importants au niveau de l’horaire, du fonctionnement et du mode d’enseignement, entre autres. Nous vous remercions de votre collaboration, de votre compréhension et de votre soutien continus. Vous êtes un partenaire indispensable dans la réussite de notre mission éducative… Voici quelques pistes (annexe) pour vous permettre d’appuyer votre enfant dans son apprentissage… »

«Madame, Monsieur, nous vivons, vous le savez, une année scolaire bien différente. Malgré tous les efforts déployés par votre enfant et par le personnel de l’école, nous considérons que les données recueillies jusqu’à présent sont insuffisantes et ne nous permettent pas de porter un jugement professionnel éclairé au sujet du rendement scolaire de votre enfant. Nous vous invitons donc à prendre connaissance des commentaires personnalisés (annexe) qui vous permettront de discuter avec votre enfant de ses meilleures prochaines étapes afin de poursuivre sa progression d’ici la fin de l’année scolaire… »

«Madame, Monsieur, comme vous le savez, nous tentons de dispenser un enseignement de qualité pour votre enfant dans un contexte bien particulier. Nous sommes très fiers de ce que nous avons accompli avec votre enfant jusqu’à présent. Cependant, nous jugeons que votre enfant n’a pas eu l’occasion de démontrer l’étendue de ses apprentissages (ou)… les preuves d’apprentissage que votre enfant a générées ne reflètent pas son niveau de rendement habituel… données insuffisantes…»

«Nous tenons à souligner l’engagement, les habiletés d’apprentissage et les habitudes de travail exceptionnelles (ou non) de votre enfant et … pistes et prochaines étapes… responsabilités de l’élève…»

Imaginez l’impact dans votre communauté scolaire.

Alors, on fait quoi avec le prochain bulletin?

J’ai lu plusieurs articles en décembre qui abordent les données actuelles, le retard de certains élèves… Certains parlent déjà de la rentrée 2021, comme s’il n’y avait plus rien à faire cette année! Je crois que le prochain bulletin n’est pas comme les autres. C’est une occasion de communiquer formellement avec la famille et de partager notre vision. C’est aussi une occasion de donner un élan au monde de l’éducation qui ne peut pas travailler plus fort que maintenant. Encore une fois, les résultats actuels sont-ils inférieurs, égaux ou supérieurs à nos attentes compte tenu du contexte? Chose certaine, la gestion sanitaire change la réalité. A-t-on vraiment besoin de faire comme si la pandémie n’était pas là, de récolter des données et de les comparer avec les données de l’an passé? Ça servirait à qui?

Dans l’esprit de poursuivre sur la nouvelle trajectoire que nous avons empruntée depuis le début de la pandémie :

  • Le bulletin, dans son design actuel, est-il au service de l’apprentissage de tous les élèves présentement?
  • Comment les données actuelles informent-elles notre pratique?
  • Quelles opportunités s’offrent à nous pour améliorer le bulletin et notre pratique?
  • Où est notre marge de manoeuvre?
  • On veut une autopsie ou agir sur l’apprentissage?

Il reste plein de choses à faire.

Il est encore temps d’agir.

Merci de vos commentaires

La «game» est exigeante? «Good!»

La «game» est exigeante? «Good!»

L’importance d’être dans la «game»

Mon garçon de 17 ans est un «gamer», comme bien des jeunes d’aujourd’hui. Une chose qui attire mon attention, c’est qu’il passe beaucoup de temps à regarder des «gamers» reconnus dans YouTube en train de jouer à Fortnite, par exemple. C’est spécial de voir ça. Les jeunes regardent des «gamers» reconnus jouer en streaming (en direct) ou sur YouTube (enregistré). Dans le monde des «gamers», les gens sont reconnus pour leur savoir-faire, pas seulement pour ce qu’ils savent.

Dans l’industrie du développement personnel et professionnel, c’est la même chose. Les gens veulent apprendre de ceux et celles qui ont réussi ou qui sont en train de réussir dans leur domaine. On n’a qu’à penser à Brendon Burchard, Rachel Hollis, Amy Porterfield ou Ted McGrath. Savoir-faire. C’est n’est pas suffisant de savoir, les gens veulent que leurs enseignants soient dans la «game».

Dans une entrevue, Brené Brown affirmait qu’elle avait une façon toute simple de déterminer qui avait le droit de lui partager son opinion ou de la rétroaction. Ceux qui sont «dans l’arène», disait-elle. Ceux qui sont dans la «game» (du leadership) avec elle, qui se font botter le derrière et qui ont le courage de se relever. Ces personnes sont qualifiées à ses yeux. Ceux qui regardent la parade (et qui «savent» possiblement bien des choses) n’ont pas le privilège d’être entendus par Brené. Ils ne sont pas qualifiés.

L’héritage de la pandémie : nous sommes tous dans la «game»

Nous avons dû surmonter plusieurs défis depuis le début de la pandémie, mais ce contexte nous a permis de faire des progrès remarquables au niveau de l’intégration du numérique et des possibilités pédagogiques qui en découlent. Cette phrase de Jean Piaget prend tout son sens dans le contexte actuel. Merci à Guillaume et à Catherine pour la référence 🙂 : « L’intelligence, ce n’est pas ce qu’on sait, c’est ce qu’on fait quand on ne sait pas. » J’offrais une conférence dans un collège privé au mois d’août et une enseignante a fait une remarque qui va en ce sens. Elle disait que cette année nous offrait une occasion en or de montrer à nos élèves comment on agit / réagit lorsqu’on ne sait pas. Parce que habituellement, on sait. Mais cette année, nous avons l’occasion d’être des modèles d’apprenants à vie pour nos élèves. C’est probablement la chose la plus importante que nous allons enseigner à nos élèves cette année, disait-elle. J’ai trouvé ça extraordinaire. L’héritage ultime de la pandémie, c’est qu’elle a placé tous les acteurs dans la «game». La «game», c’est l’école d’aujourd’hui, l’école de l’apprentissage en profondeur. Les jeunes ont besoin de modèles qui sont dans l’arène de l’apprentissage avec eux. La question : comment réagissons-nous lorsque nous ne savons pas?

« L’intelligence, ce n’est pas ce qu’on sait, c’est ce qu’on fait quand on ne sait pas. » – Jean Piaget

On développe de nouvelles compétences.

Apprendre en profondeur, développer des compétences, ça demande beaucoup plus d’effort. C’est normal de se sentir fatigué. Ça veut dire qu’on est en train de se développer. On a des «growing pains» professionnelles parce que nous développons de nouvelles compétences, comme nous pouvons l’observer dans ce visuel. Mais le possible point à l’horizon. Nous allons éventuellement voir le fruit de nos efforts. Patience et intentionnalité.

Être dans la «game», c’est exigeant. «Good!»

Force est de constater que de se voir placé dans la «game», c’est exigeant. Je regardais cette vidéo cette semaine. Ça remet les choses en perspective.

J’apprécie tellement les messages présentés par Jocko Willink. Voici les grandes lignes (que j’interprète à ma façon), qui s’appliquent tellement bien à ce que nous vivons présentement.

Tu relèves des défis et tu trouves ça difficile? «Good», tu es en vie et tu as une opportunité de trouver de nouvelles solutions.

Tu respires encore? «Good», ça veut dire que tu peux encore agir sur ta réalité et celle des autres.

Tu as vécu des situations difficiles et peut-être même des échecs? «Good», maintenant :

  • «Get up» (La seule façon d’échouer est de choisir de ne pas continuer.)
  • «Dust off» (Il faut prendre le temps de se secouer, de réfléchir à ce qui nous ébranle.)
  • «Reload» (On fait le plein d’énergie et de stratégies.)
  • «Recalibrate» (On tient compte du contexte et des personnes qui nous sont confiées.)
  • «Reengage» (On se rappelle notre pourquoi, parce que le comment est toujours changeant.)
  • «Go out on the attack» (On passe à l’action avec une vigueur et une intentionnalité renouvelées.)
 

Et si…

Enfin, les choses changent depuis un certain temps. Et, lorsqu’on y pense, même certaines choses considérées comme immuables bougent également. On a annulé des épreuves et des examens l’an passé. Dans certains milieux, on a annulé des examens et même un bulletin cette année. Pouvons-nous espérer d’autres annonces en ce sens?
Regardons notre trajectoire, pas seulement notre position actuelle. C’est tout un système qui est en apprentissage présentement. Et on se donne le temps d’apprendre.
 
Parce que dans l’école d’aujourd’hui, les jeunes ont le goût que leurs profs soient des apprenants eux aussi. Ça tombe bien, le contexte actuel l’oblige. Et si tout ce que nous vivons présentement était en train de nous préparer à dispenser l’éducation que nous espérons depuis si longtemps?
 
La «game» est exigeante? «Good!»
 

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